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Aix en ProvenceTextes et photos
Au carrefour de l’antique voie Domitia reliant l’Italie à l’Espagne, de la route du mistral et de celle du vent de mer, autour de ses fontaines qui invitent à se rafraîchir, sur les terrasses du Cours Mirabeau où c’est toujours l’heure du café ou du verre de l’amitié, au seuil des portes qui ne demandent qu’à s’entrouvrir sur leurs jardins secrets et leurs traditions, chez ses hôteliers, commerçants et artisans qui ont tant à faire partager, Aix en Provence cultive avec amour la douceur de son hospitalité et l’éclat de son sourire…
Article paru en Mai 2005
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Il s’agit bien là d’Aix en Provence. A l’âge de 12 ans, Zola se lie d’amitié avec l’un de ses camarades, Paul Cézanne, qui deviendra d’ailleurs le Claude Lantier de Zola, fils de Gervaise et frère d’Etienne Lantier, héros de Germinal. Cézanne, lui, est né à Aix. Il y mourra aussi; après avoir séjourné à Paris et fréquenté le cercle de Monet, Renoir et Pissaro, le grand maître du mouvement impressionniste y reviendra pour s’y retirer définitivement. En flânant dans la ville, sa présence est en permanence perceptible, comme si chaque ruelle, chaqu hôtel particulier et chacune des cent-une fontaines de la cité se souvenaient encore de lui. A commencer par le Café De style gothique du XIIe, ancien prieuré des Chevaliers de Malte, il abrita les tombeaux des Comtes de Provence. Les obsèques de la mère de Cézanne s’y déroulèrent en 1897. Devant l’église, le Musée Granet, actuellement en réfection et qui abrite huit toiles du maître, connut un Cézanne studieux, tout à ses cours de dessins. Remontons la rue d’Italie et la rue Thiers un autre Aixois célèbre et pénétrons dans la partie la plus typique et charmante de la ville, la vieille ville. Partons en direction de la cathédrale. Contournons l’imposant Palais de Justice, place de Verdun, jouons des coudes à travers ses nombreux puciers, artisans et brocanteurs pour arriver à la Place d’Albertas, baroque et rococo, aux couleurs rouille et vert-de-gris, aux pavés mal plats, à la fontaine quelque peu décatie, mais si pittoresque. Avant d’arriver à la place de l’hôtel de ville, une fontaine ornée d’un bronze sculpté attire notre regard; il est à l’effigie de... Cézanne et réalisé par Guino, élève de Maillol. La place de l’hôtel de ville est remarquable; façade à l’italienne du XVIIe, splendide grille en ferronnerie et escalier à double révolution, et surplombée par la Tour de l’Horloge, du XVIe et son horloge astronomique où les quatre saisons personnifiées apparaissent tout à tour.
Quelques mètres en contrebas, sur la Place des Martyrs de la Résistance, avec sa curieuse fontaine, l’Hôtel Maynier d’Oppède et le Palais de l’Archevêché, reconnaissable à sa splendide porte Régence et qui abrite le Musée des Tapisseries et sert de cadre au Festival International d’Art Lyrique. Avant de partir à l’assaut de la colline qui se dresse devant nous, il est absolument indispensable de faire un crochet en direction de l’ouest par la rue du Bon Pasteur. Tout en restant en pleine ville, les bruits s’estompent, et derrière un écran de troncs et de verdure créé par de superbes platanes, arbres emblématiques de la ville, au milieu d’un jardin où le seul bruit se limite au murmure d’une fontaine, se dresse le Pavillon de Vendôme, aux harmonieuses proportions, à la pierre blonde, aux fenêtres blanches. Construit en 1665, son seul but était d’abriter les amours secrètes du Duc de Vendôme et de sa Belle mais illégitime compagne. Le Pavillon abritait même un passage couvert pour dissimuler les coupables fiacres, directement au bas de l’escalier à double révolution; ce passage a été comblé et l’on a créé deux magnifiques salles abritant une très belle collection de meubles provençaux, ainsi que des expositions temporaires. On y admire jusqu’au 15 juin des gravures de Max Ernst, puis les cocasses sculptures en polystyrène de François Mezzapelle, du 25 juin au 5 septembre.
La Fondation Vasarely
En 1976, Vasarely conçoit à Aix une monumentale Fondation, lieu de recherche et de démonstration, accessible à tous, sorte d’énorme laboratoire interdisciplinaire où tous les intervenants réaliseraient l’environnement urbain du futur. Le bâtiment, de près de 100m de long est un exemple de l’urbanisme que veut promouvoir la Fondation. Sa façade en aluminium présente sur chaque alvéole l’unité de base cercle/carré constituant la base de son alphabet. L’intérieur du bâtiment est composé de 16 modules hexagonaux, la plupart éclairés naturellement par leur sommet; 7 salles présentent d’une manière tout à fait impressionnante 42 œuvres monumentales de Vasarely; hautes et larges de plus de 5m réalisées en tapisserie, métal, émail ou peinture, elles sont autant de preuves de l’intégration de l’art dans l’architecture urbaine. Tout au long des salles, vous participez activement à la découverte de ses oeuvres; vous les faites bouger et évoluer dans l’espace par votre seul déplacement dans les salles; votre esprit se trouble par les effets de perspectives aberrantes. Outre les oeuvres de Vasarely, la fondation présente plusieurs œuvres de son fils Yvaral, autre grand promoteur de l’art cinétique, et créateur notamment des logos de RTL et de Renault.
Aix en Provence, ville d’émotions Peu d’endroits en France n’offrent comme à Aix un creuset idéal au développement culturel. L’art lyrique tout d’abord, avec son «Festival International d’Art Lyrique» qui rivalise avec Salzbourg et invite Mozart dans le cadre prestigieux du Palais de l’Archevêché. Autour de Mozart, le festival animé par le désir de s’ouvrir au public, convie Bach, Rossini, Purcell, Offenbach, Bartok et bien d’autres. Esprit d’ouverture également par la diversité des concerts de musique de chambre, récitals, master classes et répétitions données à la Cité du livre ou à l’Hôtel Maynier d’Oppède, et programmés par l’Académie Européenne de Musique, crée en 1998 dans le but de promouvoir de nouveaux et prometteurs jeunes artistes. N’oublions pas en hiver les «Concerts d’Aix» à la Cathédrale St.-Sauveur et au Théâtre du Jeu de Paume, les «Nuits Pianistiques» en mars, festival international dédié au piano, «Air Jazz Festival» en juillet en hommage à Armstrong, Ellington et Glenn Miller, de même que le festival «Zic Zac Estival», teinté de couleurs reggae, raï et flamenco. Les amateurs de danse ne manqueront pas une rencontre avec le Ballet Preljocaj, installé à la Cité du Livre et particulièrement actif dans la création et la diffusion chorégraphiques. D’Avignon aux plus grandes scènes internationales on applaudira dans le cadre des Nuits de Fourvière leur vision des Saisons de Vivaldi les 11 et 12 juillet on les retrouve à Aix dans le cadre des festivals «Danse en Eté» et «Hiver en danse». Quant au festival de danse «Danse à Aix», il comble depuis plus de 20 ans un public de plus en plus large; du 20 juillet au 4 août, il proposera dans sa partie estivale les créations d’une dizaine de compagnies sur des scènes en intérieur comme en extérieur, ainsi que plusieurs événements de rue et une présence renforcée dans le Pays d’Aix. La principale scène d’Aix est le Théâtre du Jeu de Paume. Nommé ainsi car construit à l’emplacement d’un Jeu de Paume Royal où Louis XIV vint jouer en 1660, il est aujourd’hui avec le théâtre de Bordeaux l’un des seuls bâtis au début du XVIIIème siècle à subsister. A la suite d’importants travaux de réhabilitation qui ont nécessité la fermeture du théâtre pendant deux saisons, son exceptionnelle qualité acoustique s’offre à nouveau aux Aixois dans une programmation dirigée par Dominique Bluzet et tournée vers la création et le renouveau dans un grand mélange de styles.
Les soirées au Festival d’Aix Le festival est tout d’abord celui de l’art lyrique avec cinq opéras, dont deux de Mozart, souvent inséparable de l’événement musical: si l’opéra invite à plonger au coeur des faiblesses humaines, ses beautés ne manquent jamais d’éveiller l’espoir en chacun de nous. Ainsi Cosi fan tutte, dirigé par Daniel Harding, dans une mise en scène de Patrice Chéreau qui marque ici son retour à l’opéra et sa présence pour la première fois au Festival d’Aix-en-Provence, réalise l’alliance du marivaudage et de la gravité: «tous accusent les femmes et moi je les excuse si mille fois par jour elles changent d’amour. Certains appellent cela un vice, d’autres une habitude: Et cela me paraît à moi être une nécessité du coeur». Autre spectacle: celui de la passion politique que Mozart exalte dans La Clémence de Titus, mis en scène par Lukas Hemleb et dirigé par Paul Daniel. Ou encore lorsque dans l’opéra de Rossini Le Barbier de Séville s’affirme l’éclatante légitimité du bonheur et cette révolte prête à éclater que porte en lui le Figaro de Beaumarchais, dans une explosion de gaieté ordonnée par David Radok sous la baguette de Daniele Gatti. Le Festival d’Aix s’enrichit aussi de concerts servis tous par des interprètes de qualité, des pianistes, Pierre-Laurent Aimard, Alain Planès, le Wiener Piano Trio, le Tal Trio, Les Quatuors Teller et Tokyo, l’Ensemble Musicatreize , et en ce qui concerne les orchestres, celui du Teatro Communale di Bologna et le Malher Chamber Orchestra. Des chefs prestigieux comme Daniel Harding principal chef invité du London Symphony Orchestra et directeur musical du Malher Chamber Orchestra et Daniele Gatti, actuel directeur du Teatro Communale di Bologna. Mais le festival se conjugue aussi en modernité avec la création de Julie, d’après la célèbre pièce d’August Strindberg, Mademoiselle Julie, écrite en 1888: l’oeuvre de l’écrivain suédois a été mise en musique par Philippe Boesmans, compositeur d’origine belge largement couronné de prix et qui a abordé la composition de manière quasiment autodidacte. Seconde oeuvre au programme, une reprise de la production 2001, Le Tour d’écrou de Benjamin Britten d’après Henry James. Ces deux opéras bénéficient de la mise en scène de Luc Bondy avec Kazushi Ozono à la direction musicale de l’Orchestre de Chambre de La Monnaie. De concerts en festival Cette année, 2005 sera particulièrement riche en concerts et récitals; en effet ce sont plus d’une trentaine de concerts qui seront proposés avant et après les opéras. Pièces célèbres et oeuvres rares se côtoieront et cela dans les lieux les plus symboliques du Festival, le Théâtre de l’Archevêché et l’Hôtel Maynier d’Oppède. Ces concerts seront donnés par des artistes menant en résidence une démarche artistique originale. Ainsi seront proposés des Musiques et Chants du Pamir avec des artistes venus du Tadjikistan et de l’Afghanistan, et de la musique des Steppes par des artistes venus de Mongolie et du Kirghizistan, dans les concerts Musique du monde. Ou encore par le Choeur Accentus dirigé par Laurence Equilbey, des choeurs et liturgies russes. Le Quintetto Bibiena proposera des oeuvres de Ligeti, Prokoviev et Frank Zappa. Mais on pourra aussi entendre et rencontrer les interprètes comme Pierre-Laurent Aimard ou Alain Planès, pianistes, et Fabio Biondi, violoniste, accompagné au clavecin par Kenneth Weiss ou assister aux répétitions publiques. Chaque jour offriront ainsi ses musiques et ses possibilités de rencontres avec les artistes, suivies des petits grignotages d’avant ou d’après soirée et cela sans que le spectateur soit gêné, ni privé d’opéra grâce à un passeport spécial. Jacqueline Aimar
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