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Berlin

Capitale réunifiée

Textes et photos
Jérôme Bovay
Pierre-André Grognuz

3’400’000 habitants; une superficie égale à 9 fois Paris; 38 km du nord au sud et 40 km d’est en ouest. Plus de 5500 km de rues; 15000 hectares de forêts; 150 lacs et étangs. Des musées, galeries, opéras et orchestres de renommée mondiale. Berlin est la ville des superlatifs. Destinée dans les plus sombres années du siècle dernier à devenir «Germania», la capitale du monde, Berlin a sombré en 1945.

Réduite en cendres, décimée puis divisée plus de 40 ans, Berlin renaît en 1990, année de la réunification. Après 15 ans d’un chantier colossal et des centaines de millards de francs investis en reconstructions et transformations, cette métropole, capitale pour la sixième fois de son histoire, offre enfin une image à nouveau cohérente, fascinante et dynamique. D’aucuns seront époustouflés par le subtil contraste entre architecture ultra-moderne et classicisme, la magnificence de ses musées et la richesse de la vie musicale, d’autres charmés par l’abondance de ses cafés débordant de jeunesse et par la sensibilité et l’hospitalité des Berlinois.

 

 

Article paru en Septembre 2004

De l'unification ! la réunification

L’histoire débute à la fin du XIIIè siècle, lorsque deux petites bourgades, Berlin et Cölln décident d’unir leurs destins. Bâties sur deux îles de la Spree, la nouvelle ville de Berlin-Cölln va vite connaître un essor économique important. Idéalement située sur les deux axes commerciaux nord-sud et est-ouest, elle devient vite un nœud de trafic et une plaque commerciale dominante. La ville double devient à partir de 1411 la résidence de l’électeur du Brandebourg, Frédéric de Hohenzollern, premier prince d’une dynastie qui régnera près de cinq siècles, jusqu’en 1918. Les immigrants affluent et la ville croît rapidement. Il ne reste aujourd’hui quasiment rien de la ville médiévale, dont le centre se situait près de l’église St.-Nicolas et de l’ancien marché, entre l’actuelle gare de Hackescher Markt et le pont Jannowitz; Cölln a été ensevelie sous le bitume et le béton des constructions de l’ex-RDA, alors que Berlin a perdu ses derniers grands vestiges dans la restructuration, dans les années huitante, du quartier est de Saint-Nicolas.

La Guerre de Trente ans qui débute en 1618 va être terrible pour la ville. La peste et les énormes contributions aux belligérants vont ruiner le commerce et l’artisanat. Près de la moitié de la ville est détruite et l’on n’y compte plus que 6000 âmes. Frédéric-Guillaume, «Le Grand Electeur», dans son dessein de mettre en place un nouvel Etat unique, va renforcer son pouvoir au détriment de celui de la noblesse et des villes. Des manufactures sont créées et le système de navigation sur la Spree intensifié, afin de faire de Berlin-Cölln une nouvelle ville commerciale et industrielle; la reconstruction de la ville obéit à de nouvelles réglementations strictes en matière d’hygiène et de protection contre les incendies.

La ville s’étend vers l’ouest avec la création de l’axe du Kurfüsrstendamm, jadis chemin conduisant au pavillon de chasse du château, situé tout à l’ouest de la ville. Les colons affluent, apportant non seulement une force économique, mais aussi culturelle et scientifique à la ville. A la mort de Frédéric-Guillaume, en 1688 Berlin-Cölln est une ville moderne de plus de 20’000 habitants, aux bases désormais solides, pilier du futur état des Hohenzollern.

Nouvelle unification en 1709, sous Frédéric 1er, premier roi prussien. Berlin-Cölln et les trois villes voisines ne font plus qu’une. Frédéric 1er engage pour la nouvelle ville le célèbre architecte Andreas Schlüter, dont le style tranche avec le baroque français et italien. Schlüter réalise d’exceptionnels monuments dont la majorité sera détruite au 19è siècle. Nous pouvons admirer aujourd’hui l’arsenal et le fastueux château de Charlottenbourg, dont l’extension lui a été confiée. Schlütter est aussi chargé de réaménager et de reconstruire le château, autour duquel s’articule la ville unifiée. Il ne reste rien de ce château détruit pendant la guerre et rasé en 1950 par la RDA pour des raisons idéologiques.

A son emplacement fut construit en 1976 le Palast der Republik, un édifice monumental et disgracieux de verre fumé, de métal et de marbre, qui enlaidit depuis la perspective d’Unter den Linden. Rongé par l’amiante, fermé, le colosse socialiste n’est plus qu’un squelette de poutres métalliques inhabité, qui sera prochainement détruit; l’ancien château devrait être reconstruit à l’identique; les Berlinois ont eu l’occasion d’admirer leur futur «ancien» château en 1993, lorsque furent érigés des échafaudages soutenant d’immenses fresques en trompe l’œil et à la taille réelle de l’ancien château, donnant l’illusion que ce dernier existait toujours. Cette technique est également utilisée pour présenter la future reconstruction de l’ancienne Académie d’architecture.

Le successeur de Frédéric 1er, Frédéric-Guillaume 1er, appelé «Le Roi-Sergent» et principalement intéressé par la puissance militaire de l’état prussien. Il va, dès 1713, s’attacher à fortifier la ville et à développer une économie utile au domaine militaire. Une enceinte fortifiée de 16km, dont il ne reste rien, est élevée autour de la ville. Les nombreuses dénominations qui portent à Berlin le nom de « Tor » (porte), font références aux portes de cet ancien rempart (Neues Tor, Potsdamer Tor) et bien sûr la Brandeburger Tor, la Porte de Brandebourg, seule porte ayant été préservée.

L’avènement au pouvoir de Frédéric II marque en 1740 le début du siècle des lumières à Berlin. L’art, la culture, la science et la recherche connaissent une prospérité importante, sous l’influence d’un souverain très attaché à l’art, bien qu’il continue d’administrer son Etat d’une main de fer. La fin du 18è siècle est une époque de prospérité culturelle pour Berlin. De nouvelles académies, écoles et salons littéraires font de la ville un centre culturel et intellectuel au rayonnement de plus en plus important. A l’aube des guerres napoléoniennes, Berlin est désormais une grande capitale au niveau européen, forte de 150’000 habitants. Cette époque est marquée par de splendides et grandioses réalisations: les tour du Gendarmenmarkt de l’architecte von Gontard, à qui l’on doit aussi les colonnades du Spitelmarkt.

A la libération de l’occupation française qui dura de 1806 à 1808, de nombreuses réformes sont entreprises afin de réorganiser les villes prussiennes en leur octroyant une autonomie administrative et constitutionnelle. Une nouvelle constitution est projetée en 1815, mais au grand dam des Berlinois, celle-ci ne verra jamais le jour. Dépités, ces derniers se résignent et, faute d’une vie politique, cultivent leurs intérêts artistiques et intellectuels. Science, enseignement, littérature et musique connaissent une longue période de splendeur. Cette période est marquée dans ses nouvelles réalisations architecturales par un classicisme d’inspiration antique, comme le château de Bellevue par von Boumann, ou la porte de Brandebourg, monumentale réalisation de Gothard Langans, élevée en 1790 à l’emplacement de l’ancienne porte des remparts du début du 18è siècle. Mais le plus grand artisan du classicisme berlinois s’appelle Karl Friedrich Schenkel. Ses réalisations, comme par exemple la Neue Wache, le Vieux Musée, Le Schauspielhaus, que l’on peut tous encore admirer aujourd’hui, se distinguent par leur sobriété, la pureté de leurs lignes, leur style dépouillé et fonctionnel, le raffinement dans l’exécution des détails. Ses élèves poursuivront son œuvre avec le Nouveau Musée, l’ancienne galerie nationale et le musée égyptien de Charlottenbourg.

Outre la splendeur de ses réalisations, Schenkel se distingue par l’essence même de ses théories architecturales, à savoir qu’il se base sur des ouvrages existants qu’il transforme en oeuvres nouvelles et originales. Cette théorie, extrêmement moderne, prend aujourd’hui tout son sens et Schenkel est considéré comme une référence lors des discussions relatives aux aménagements du Nouveau Berlin.

De la tour de la télévision ou de l’ironie du sort...

L'histoire de la tour de télévision de Berlin est liée à la situation historique de l'Allemagne divisée. La nécessité de créer en RDA un émetteur puissant a conduit à la naissance d'un symbole fort au coeur de Berlin-Est, du point de vue architectural et politique. On décida en 1964 de faire construire la tour sur l'Alexanderplatz, en plein coeur de la ville, elle constituerait un édifice bien visible et représentatif du régime socialiste allemand.

Lorsqu’elle fut terminée en 1969, le régime constata avec horreur que dès que le soleil éclairait la ville, une splendide croix de lumière scintillait sur la sphère centrale, symbole finalement bien peu représentatif du régime ! On essaya bien de polir la sphère, de la dépolir, de la brosser, de la matifier. Rien n’y fit, la croix continuait de briller avec insolence... Banal aux yeux du physicien, ce phénomène le fut beaucoup moins pour les Berlinois; ils le surnomèrent «La Vengeance du Pape»...

A partir de 1830 et comme ailleurs en Europe, les tensions sociales montent, causées par une révolution industrielle au développement trop rapide et du mécontentement des citoyens toujours privés de leur constitution. La révolution de 1848 aboutira enfin à la création de cette constitution. La Prusse devient une monarchie constitutionnelle. La démographie explose; Berlin attire une foule d’immigrants à la recherche d’un travail. La ville compte plus de 800’000 habitants en 1860, causant bon nombres de problèmes urbains. La défaite de la France lors de la guerre de 1870 voit l’avènement de l’Empire allemand; le nouveau rôle de Berlin en tant que capitale de l’empire lui impose de se doter d’infrastructures administratives beaucoup plus importantes. Les milliards de francs versés par la France pour réparation de guerre vont favoriser le boom économique. Les assurances et les banques fleurissent. Les quartiers sont réorganisés, bouleversant le paysage urbain ; on regroupe les activités: quartiers des diplomates, des banques, de la confection, de la presse. Berlin entre dans l’ère du wilhelminisme, du nom de Guillaume II, dernier empereur, et qui va se manifester par la construction de bâtiments somptueux, aux façades richement décorées. L’architecture devient l’expression symbolique du pouvoir impérial. La ville pousse vers l’ouest pour héberger la moyenne et la grande bourgeoisie.

Apparaissent les luxueuses constructions du Kurfürstendamm, une cathédrale encore une fois reconstruite et le Reichstag. Le métro est inauguré en 1902. Berlin commence à ressembler au Berlin que l’on connaît aujourd’hui.

A la fin de la première guerre mondiale, Berlin devient la capitale de la première démocratie allemande, la république de Weimar. Le «Grand Berlin » naît par le regroupement de plus de 70 villes et communes. Charlottenburg, Wilmersorf, Spandau, Lichtenberg, Neukölln, Köpenick et Schöneberg se voient intégrés à la commune de Berlin, préfigurant les divisions administratives d’aujourd’hui.

Berlin est désormais une métropole de près de 4 millions d’habitants, 4è ville du monde et première du continent. Au début des années 20, la ville attire artistes et écrivains du monde entier, avec leurs idées et leurs idéaux et devient un immense centre culturel et un champ expérimental avec le Bauhaus, qui influencera largement l’art moderne. Malheureusement, la majorité des projets ne verra pas le jour à cause de la brièveté de la république de Weimar et la situation économique en crise croissante. La crise mondiale de 1929 touche très durement Berlin entraînant la ville dans une débâcle sociale qui sera fatale à la république de Weimar, dont les principes et droits fondamentaux seront abolis en 1933, après l’incendie du Reichstag et la « nomination » du nouveau chancelier Hitler par le président Hindenbourg. Hitler et ses ministres n’ont que faire de l’illégalité de cet Etat, plébiscité par à peine un tiers des électeurs; ils tiennent en leur main l’ensemble de l’appareil policier et imposent rapidement la terreur. Toute la diversité intellectuelle et culturelle s’effondre sous le totalitarisme hitlérien. Dès 1937 Hitler confie à son grand architecte Albert Speer la tâche de transformer la Ville dans son dessein d’en faire « Germania », la capitale du monde. Ce qu’Hitler n’aime pas doit être détruit et les projets les plus fous sont projetés: d’immenses axes routiers de 120 m de large, une halle pour le peuple de 300 m de haut pouvant contenir plus de 150’000 personnes, un arc de triomphe de 170 m de haut… Les démolitions commencent dès 1938 et les premiers projets voient le jour. Le stade olympique est construit, ainsi que l’aéroport de Tempelhof, de style typiquement speerien.

Cependant, dès le début de la guerre, la majorité des nouvelles constructions est constituée par les bunkers. La guerre est catastrophique pour Berlin, bombardé dès 1940, et provoque la mort et l’exode de dizaines de milliers de Berlinois. Conquise d’abord par l’armée russe, les Américains Anglais et Français arrivent ensuite à Berlin et la ville est découpée en 4 secteurs, basés sur les arrondissements créés en 1920 pour le « Grand Berlin ». Ce découpage rend la reconstruction et l’administration de la ville extrêmement difficiles. Berlin devient un enjeu de la guerre froide qui débute alors. Alors que l’ouest bénéficie du plan Marshall, l’est ne bénéficie d’aucune subvention pour sa reconstruction. La crise s’accroît en 1948 lorsque les Russes imposent le blocus de Berlin-Ouest. Le pont aérien entre Berlin-Ouest et le monde extérieur resserre les liens entre les alliés.

Après la création de la RFA et de La RDA, en 1949, Berlin-Est devient à nouveau capitale, mais de Berlin-Est seulement. La partie ouest n’est plus qu’un Land de l’Allemagne fédérale. Durant les années 1950, plus de 3 millions d’Allemands de l’est vont fuir leur pays et le mur, long de plus de 200 km et ceinturant Berlin-Ouest, sera construit pour contenir cet exode. Dès lors, le développement de Berlin va s’effectuer conjointement de chaque côté du mur, comme s’il s’agissait de deux villes indépendantes.

D’importantes démolitions sont effectuées des deux côtés du mur. L’Alexanderplatz devient le centre de l’est, tandis que le quartier situé entre le zoo et le Kurfürstendamm devient le centre de l’ouest. L’anarchie des constructions effectuées à l’est à cette époque sont au centre du grand chantier entrepris dès 1990, suite à la chute du mur et à la réunification de l’Allemagne et de Berlin, qui redevient pleinement capitale de l’Allemagne à partir de 2001.

Balade dans le plus grand chantier du monde

Depuis 1990, des milliers de projets architecturaux et techniques ont peu à peu bouleversé l’image de Berlin. Opportunité unique pour des centaines d’architectes de recréer une grande ville européenne. Si de nombreux projets ont été réalisés sans soulever de polémique, comme la réalisation de nombreuses habitations en périphérie capables d’accueillir de nombreux nouveaux habitants, les projets liés à l’aspect qu’il fallait donner au «Nouveau Berlin» allaient, quant à eux, être sujets à maintes controverses et débats houleux. Fallait-il être avant-gardiste, réformiste, visionnaire et faire table rase du passé ou au contraire transiger avec lui, faire référence à ses modèles historiques afin d’éviter de blesser par des projets hasardeux une ville déja meutrie?

Le deuxième modèle l’emporta, en tout cas dans la partie est-allemande. Des projets beaucoup moins «conformistes» furent retenus pour la Potsdamer Platz et les berges de la Speer. Il est vrai que dans le cas de la Potsdamer Platz, située en partie dans le no-man’s land imposé par le mur, ces projets avaient beacoup moins à s’accomoder de la présence de constructions voisines antérieures. A l’est en revanche, la densité des bâtiments existants était beaucoup plus élevée; il fallait détruire la majorité des bâtiments et les reconstruire afin de retrouver une homogénéité architecturale architecturale, dont les architectes est-allemands ne s’étaient jamais soucié. Outre ces contraintes d’unité, des directives strictes furent définies: chaque bâtiment devait comporter au moins 20% de logements; les matériaux devaient être naturels, la hauteur des façades, si possible sobres, respectée. En se promenant dans ces nouveaux quartiers de l’est, force est de constater que cette sacro-sainte unité fait défaut. Mais l’effet produit est magique. L’escalier de verre et de métal de l’architecte Pei (Pyramide du louvre, banque de Chine à Hong-Kong) au sein du musée historique allemand est étonnant. Aux Hackesche Höfe, au sein d’un des quartiers le plus animés, près de Hackescher Markt, vous découvrez derrière une façade moderne une enfilade de septs cours aux murs couverts de mosaïques et de verdure, entièrement réhabilitées. Allez-y boire un verre en fin d’aprèsmidi, charme assuré. N’oubliez pas de faire un tour aux Galeries Lafayette, de Jean Nouvel ainsi que dans les centre commerciaux appelés Quartiers 205 et 206. D’autre édifices, du 19è siècle, le long de Unter den Linden ont été entièrement rasés et reconstruits à l’identique, comme le Palais du Prince héritier, donnant vraiment l’illusion que le bâtiment est d’époque. A l’autre extrémité de l’avenue, côté Porte de Brandenbourg, la place de Paris a été réaménagée avec plus de rigueur, préservant ainsi l’harmonie classique du lieu. Ne manquez pas l’Hôtel Adlon, l’ambassade de France et un peu plus loin l’imposant Reichstag, siège du Bundestag. Incendié en 1933, détruit en 1945, il s’offre aujourd’hui une nouvelle jeunesse. L’architecte anglais Norman Foster a parfaitement concilié l’historicité du bâtiment avec une dynamique d’avenir, avec notamment la splendide coupole, un des symboles du nouveau Berlin. Même si la file d’attente est longue, la montée à la coupole est indispensable...

Les nouveaux bâtiments de la chancellerie, des ambassades et des ministères, le long de la Speer méritent d’être admirés lors d’une promenade en bateau, qui vous conduit de la Cathédrale au château de Bellevue, en passant par l’Île des Musées et le Reichstag.

Autre passage obligé, la Potsdamer Platz; le choc est assuré pour tous ceux qui ont connu cette place il y a 20 ans à peine. D’un terrain vague lugubre, elle est aujourd’hui bâtie de splendides tours d’acier, de brique et de verre, sièges notamment de Daimler Chrysler et de la Deutsche Bahn. Le Sony Center est étonnant d’audace, protégé par son toit spectaculaire rappelant le Fuji Yama. Malgré le modernisme futuriste de ce quartier, l’Histoire réapparaît soudain à un angle du bâtiment de verre; une salle entière de l’Esplanade, hôtel de luxe wilhelminien a été intégrée au bâtiment après un déplacement «en un seul morceau» épique. Et ce n’est pas fini. Berlin va encore changer. Dans quelques mois sera inaugurée la nouvelle gare centrale, majestueuse arche de verre, redonnant à Berlin le rôle de plaque tournante du trafic européen, un de ses tout premiers atouts lors de sa première unification, à la fin du XIIIè siècle. Berlin aime définitivement l’Histoire.

Des centaines de projets attendent encore d’être réalisés. Des musées réouvriront, comme le musée Bode et plus tard le Nouveau Musée, le château sera très certainement reconstruit. Espérons que le coût pharaonique de ces réalisations - on articule le chiffre vertigineux de 2’000 milliards de francs - ne porte pas le coup de grâce aux développements futurs.

Balade au cœur des musées berlinois

La ville de Berlin propose une offre muséographique d’une qualité exceptionnelle. Cinq d’entre eux sont regroupés sur l’Ile des Musées, classée au Patrimoine Mondial de l’UNESCO depuis 1999 et située en plein coeur du centre historique. Il s’agit du Musée de Pergame, de l’Ancienne Galerie Nationale, de l’Altes Museum et du Musée Bode (En rénovation jusqu’en 2006), du Neues Museum (Réouverture en 2010). Afin de lui redonner son rayonnement international d’antan brisé par les destructions de la seconde guerre mondiale, l’île des musées sera encore en travaux jusqu’en 2010.

L’Ancienne Galerie Nationale, premier musée à avoir été rénové, à réouvert ses portes en automne 2001. Conçu par Stüler, construit en 1858 grâce à une donation de Joachim Heinrich Wagener, il abrite sur trois étages les chefs-d’œuvre de la peinture européenne du XIXè et début du XXè siècle; on y retrouve Wilhelm von Schadow, Franz Krüger, Moritz von Schwind, Adolf von Menzel, Max Liebermann ou encore Gustave Courbet. Le musée possède également une très riche collection d’impressionnistes français : Cézanne, Renoir, Manet, Monet ou encore Lesser Ury, initiateur de l’impressionisme en Allemagne.

Le joyau des musées berlinois est sans conteste le Musée de Pergame, construit entre 1909 et 1930 par Ludwig Hoffmannn et Alfred Messel; il fut jusqu’à sa destruction durant la dernière guerre l’ensemble de musées le plus riche du monde. Il abrite le Musée des Antiquités, le Musée d’Art Islamique et le Musée du Proche-Orient. Les collections archéologiques n’ont rien à envier à ses rivales de Londres ou de Paris. Elles ont l’avantage de présenter l’Antiquité en grandeur nature par l’intégration de temples ou de portes entiers au sein même du musée.

Parmi les pièces maîtresses du Musée des Antiquités figure «L’Autel de Pergame» dédié à Zeus et Athéna; il fut découvert entre 1878 et 1886 à Pergame en Turquie. Les éléments de l’autel furent envoyés à Berlin et la reconstruction dura jusqu’en 1902.

Aujourd’hui encore, les fouilles se poursuivent sur le site archéologique, en vue de sa reconstruction totale. Seconde pièce d’envergure, «La porte de l’Agora de Milet» datant de 165 après J-C. Témoin important de l’architecture romaine; elle se compose de deux colonnes monolithiques de granit rose égyptien issues du temple de Jupiter Héliopolitain, Aphrodite et Hermès dont la constuction remonte au Ier siècle av. J-C. En outre, le musée abrite une reconstruction du Propylon à deux niveaux de la stoa du temple d’Athéna à Pergame.

Le Musée d’Art Islamique fut créé en 1904 suite au don de la riche collection de tapis orientaux de Wilhelm von Bode; il fit par la suite l’acquisition de pièces de choix, notament la «Sammlung islamischer Kleinkunst» de Friedrich Sarres, les fonds d’art islamique du Kunstgewerbemuseum ou encore la «Façade du palais de Mshatta» offerte à Guillaume II par le sultan Abdülhamid II. Longue de 45m, elle fut découverte en 1903 en Jordanie et faisait partie d’un ensemble de résidences fortifiées construites pendant la période omeyyade (661-750).

Le Musée du Proche-Orient est l’un des plus réputés en matière d’Art oriental, au même titre que le British Museum ou le Louvre. Ses deux pièces maîtresses sont la Porte d’Ishtar et la Voie des processions de Babylone, remontant au règne du roi de Babylone Nabuchodonosor II, vers 580 av. J-C.

Le majestueux Altes Museum, construit en 1830 par Frédéric Guillaume III sur des plans de Schinkel renferme la collection d’archéologie de petit format; les oeuvres monumentales étant exposées au Musée de Pergame. L’essentiel de la collection est consacrée à l’histoire de l’art et de la civilisation grecque, l’art romain n’est représenté que par quelque pièces; quant à l’art étrusque, clé de voute de la collection, il ne sera visible qu’après une rénovation générale du bâtiment. Notons parmi les pièces intéréssantes de la collection un bronze exécuté en 300 av. J.C à Rhodes dit du «Jeune garçon implorant», un buste en marbre de Jules César datant du 1er siècle av. J-C. ou encore les portraits de momie (140 après J-C.) les sarcophages de Cafarelli et Rinucci et la mosaïque d’une famille de Centaures combattant des animaux sauvages.

A quelques pas de l’Île des Musées, ne manquez pas le Musée historique allemand, sis dans l’ancien arsenal prussien, doté de la façade baroque la plus belle de Berlin, œuvre d’Andreas Schlütter. En 2002 une annexe du musée destinée à accueillir des expositions temporaires a vu le jour. Elle est l’œuvre de l’architecte Leoh Ming Pei, bien connu pour avoir réalisé la Pyramide du Louvre à Paris. Le musée réouvrira dès cet automne ses collections permanentes qui auront pour vocation d’expliquer et de faire connaître l’histoire allemande et européenne. L’exposition s’étendra sur trois étages de l’Arsenal, soit près de 10’000 m2, où seront présentés des objets historiques depuis la Grande Invasion jusqu’à la période contemporaine dans des contextes variés suivant un fil conducteur reliant les périodes clés de l’histoire allemande et européenne.

Le Musée Egyptien de Berlin possède l’une des plus anciennes collections royales d’art. Elle présente en particulier les trésors trouvés lors des fouilles entre 1911 et 1914 à Amarna, la capitale d’Aménophis IV Akenaton. La pièce maîtresse de la collection est sans nul doute le buste polychrome, en calcaire et en plâtre stuqué de la reine Néfertiti, célèbre dans le monde entier. Parmi les autres œuvres, citons: la Tête d’une statuette de la reine Tiy, le relief «Promenade au jardin», la Tête Verte de Berlin ou la Porte monumentale du Temple de Kalabsha. La collection compte également un double cercueil en bois contenant un corps momifié. La collection de papyrus est illustrée par un large choix de textes littéraires et de documents rédigés en différentes écritures et langues.

Le second grand centre culturel de la ville se situe non loin de la Potsdamer Platz et se nomme le Kulturforum. Depuis 1960, date de construction de la Philharmonie, de nombreux bâtiments à vocation culturelle ont vu le jour au Kulturforum, dont certains à l’architecture spectaculaire, constituant ainsi, dans une certaine mesure, un pendant moderne à l’île des musées. La Nouvelle Galerie nationale qui ressemble à un temple moderne fait d’acier et de verre. Vous pourrez y admirer des œuvres de Edward Munch, Kirchner, Max Beckmann, George Grosz, Picasso, Delaunay, Fernand Léger, Brancusi et des surréalistes tels que Miro, Dali, Magritte et Delvaux. Autre lieu majeur du Kulturforum, La Galerie de Peinture. Pas moins de 1100 toiles sont exposées reparties dans 59 salles, avec pour thème la peinture allemande du 13e-16e, hollandaise du 15e-16e, flamande et hollandaise du 17e dont des œuvres de Rubens et Rembrandt, sans oublier la peinture française, anglaise, italienne et espagnole entre le 15e et 18e siècle. Enfin l’un des plus récents musées, celui des Instruments de musique, situé juste à côté de la Philharmonie.

D’autres musées métirent plus qu’un simple détour: Le Musée d’Ethnographie, le Musée de la Poste et des Télécommunication, le Musée Juif ou encore le Musée The Story of Berlin situé au Ku’damm et qui vous permet de revivre l’histoire de Berlin de ses débuts jusqu’à nos jours; le Musée Allemand des Techniques et des transports, le musée du mur, situé à l’emplacement du célèbre CheckPoint Charlie. Vous y revivrez avec énormément d’émotion l’histoire du mur, de ses victimes, des drames qu’il a suscités.

Vous découvrirez toutes les astuces et inventions trouvées par les Berlinois de l’Est pour tenter de gagner l’Ouest. N’oubliez pas de prendre une bonne bouffée d’air frais en allant vous balader au Jardin Zoologique, immense parc situé en plein coeur de la ville et réputé dans le monde entier pour la richesse des espèces qu’il héberge, avec près de 15’000 animaux.

Quelques notes de musique

La culture musicale a toujours tenu une place importante à Berlin que ce soit à l’est comme à l’ouest. C’est comme cela que depuis la réunification, la ville se retrouve avec un certain nombre d’institutions à double, contribuant ainsi à l’extraordinaire diversité musicale. Berlin ne compte pas moins de trois opéras de renom international: Le Staatsoper Unter den Linden, le plus ancien des opéras berlinois. Son répertoire comprend des opéras datant de quatres siècles ainsi que des ballets classiques et modernes. Le Deutsche Oper et le Komische Oper auxquels viennent s’ajouter l’Orchestre Philharmonique et nombre d’ensembles plus petits, des groupes de musiques de chambre et des choeurs. Vous trouverez dans les pages mémento qui suivent une sélection des grands moments musicaux pour l’ensemble des orchestres berlinois durant les mois à venir et nous continueront à vous tenir informés des prochaines productions au fil de nos numéros. Mais l’opéra et le classique ne sont pas les seules musiques que l’on écoute à Berlin. Vous pourrez également vous rendre dans des salles de spectacles pour y écouter de la musique jazz, rock ou pop. Une autre spécialité berlinoise: les salles de bal telles que; le Ballhaus Berlin à la Chausseestrasse ou encore le Café Keese à la Bismarkstrasse. Les tables sont équipées de téléphone que vous utilisez pour inviter la personne de votre choix à danser, c’est sympa et original. Si vous êtes noctambule, toute une série de clubs et de discothèques s’offre à vous, vous pourrez y écouter de la musique live ou alors ce sera un Dj derrière ses platines. Mais comme ça bouge beaucoup il n’est pas dit qu’un club ouvert aujourd’hui le soit encore demain nous vous conseillons donc de vous procurer dès votre arrivée à Berlin un guide tel que le Berlin Programme Magazine vendu 1E60 dans les kiosques ou encore le 030 généralement distribué gratuitement dans les cafés et clubs de la capitale.

Informations et renseignements:
Office du tourisme de Berlin
Berlin Tourismus Marketing GmbH
Am Karlsbad 11
D-10785 Berlin
Tél.:49-(0) 30-25 00 25 • Fax: +49 (0)30 25002424
www.btm.de

Transports:
- Air-Berlin, 3 vols quotidiens au départ de Zurich
Compagnie à bas prix, excellent service à bord
www.airberlin.com
- Easy-Jet au départ de Genève dès le mois de septembre
- En train, offres spéciales «Click&Rail» des CFF, au départ de Bäle

Sur place:
- N’oubliez pas d’acheter la «Berlin Welcome Card»; elle vous permet d’utiliser tous les transports publics de la ville, et même d’aller jusqu’à Potsdam. En outre, elle vous offre des réductions substantielles sur le prix d’entrée de presque tous les musées et les lieux touristiques.

 

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