Le troisième millénaire sera spirituel où ne sera pas professait Malraux.
Et si l’on commençait le printemps 2006 par la douceur ?
La douceur d’une balade au fil de la vallée du Doubs qui hésite entre Suisse et France et donne son nom au département français le plus frontalier de la Suisse. Territoire d’art et d’histoire ancré sur une identité jurassienne, le Doubs cultive ses secrets tel un cueilleur de morilles. Au pays des utopistes, il est encore possible de rêver au troisième millénaire.
Article paru en mai 2006
Dans les méandres du Doubs
Tour à tour rivière indolente, lac, torrent, bassin et cascade, le Doubs illustre bien son étymologie latine dubius ramenant au doute. C’est le charme que lui reconnaît tout curieux avide de nature, de culture et de patrimoine. Une rivière où les anecdotes franco-suisse abondent.
«Cela n’a jamais été démontré mais il y a fort à parier que le Doubs provienne des pertes du Lac de Joux» entonne Arsène Letoublon, figure écolo et spéléo du val de Mouthe. C’est à son initiative d’ailleurs que la première exploration de la source fut faite par un groupe de plongeurs de Zurich qui récidiva avec la Source Bleue sur les hauteurs du Lac Saint Point.
Entre la source et le lac, le petit ruisseau grandira dans un décor de carte postale typique des vallées jurassiennes sur fond de clochers à l’impériale. Après le calme, la tempête des gorges de Fourperet qu’un tout nouveau sentier de randonnée rend désormais accessible au regard. Prenant la direction du Lac de Remoray, c’est à la Maison de la Réserve naturelle, temple de l’écologie des zones de moyenne montagne, que l’on vous expliquera les facéties de la rivière qui d’un lac en fit deux, dont seul celui de Saint Point est alimenté par le Doubs.
C’est sur son pourtour que se déroulera le 11 juin prochain la Voie Verte. Le temps d’une journée, vélos, rollers, skis à roulettes et marcheurs seront les rois de la route à moins que le bateau solaire en provenance d’Ouchy ne soit la véritable vedette du jour. Il permettra une traversée inhabituelle entre Saint Point et Malbuisson. Question vedettes, Malbuisson s’illustre en matière de gastronomie où nombre de bonnes tables (Chez Tannières, Au Bon Accueil, Hôtel du Lac) revisitent avec bonheur la truite et le brochet.
Un fil rouge franco-suisse
Dépassons le village de pêcheurs chamarré de Port Titi en direction de Pontarlier. Au fond de la cluse où ne manque que l’homme de Cro Magnon, pointe le «véritable nid de
hiboux égayé par quelques invalides» décrit par Mirabeau lorsqu’il fut emprisonné au Château de Joux en 1775. Située sur la rive droite, cette forteresse royale de dix siècles fut en 1815 l’enjeu d’âpres négociations territoriales. Les Neuchâtelois caressaient l’ambition que leur frontière «suive le Doubs jusqu’au fort de Joux, en sorte que la ville de Pontarlier, située sur la rive gauche appartienne à la France et le fort de Joux situé sur la droite à la Confédération Helvétique et ce jusqu’à la source». Il fallut l’intervention de Talleyrand et du Duc de Richelieu pour voir la tractation échouer.
Arrivé à Pontarlier, impossible d’échapper à la légende redevenue réalité de l’absinthe auquel le musée fait la part belle en l’attente d’une route thématique via le Val de Travers. C’est même par la fée verte que l’on identifia la résurgence de la Loue. En 1901, des milliers de litres échappés des cuves de la maison Pernod en flamme coulèrent dans le Doubs et derechef dans la Loue, trente kilomètres en aval.
Poursuivant le cours tranquille et paresseux en direction de Morteau, une halte s’impose à l’abbaye de Montbenoît dans la fière République du Saugeais, héritière des Savoyards et des Suisses qui, au XIe siècle, défrichèrent la contrée. Une nef du XIIe, un cloître orné de feuilles, rameaux et poissons, un choeur du XVIe avec peintures et stalles sculptées d’époque en font le plus bel édifice religieux médiéval du département.
Quelques kilomètres plus loin, le défilé d’Entreroches conclu par la grotte-chapelle de Remonot annonce les prémisses d’une rupture avec le plateau sourcier. Ce n’est qu’à Villers-le-Lac où le Doubs devenu navigable offre une croisière de rêve sur un bassin rimant avec fjord norvégien. Une apothéose sanctifiée par les 27 mètres du Saut du Doubs, garde-frontière efficace classé grand site national de France.
Note: Disponible dans les offices de tourisme du Doubs pour 15 Euros, le système Navidoo avec GPS se loue à la journée et distille dans la voiture nombre d’informations sur les richesses patrimoniales et historiques du département.
Renseignements: www.tourisme-metabief.com
Quand Montbéliard la culturelle explique Montbéliard l’industrielle...
Cumuler les titres de Cité des Princes de Wurtemberg et de premier site industriel de France n’est pas une gageure en matière touristique. Et pourtant n’est point consacré par le label «pays d’art et histoire» qui veut! Rares sont d’ailleurs les villes où l’Histoire des religions, de l’art, de l’industrie ou de la philosophie offrent à ce point la pertinence du lien entre passé et présent. Une Histoire à rebondissements qui confère aux rues bigarrées du centre un air de cabinet de curiosités grandeur nature.
Le nez en l’air à l’aveuglette ou empruntant doctement l’itinéraire commenté (également à l’usage des publics à handicap) dédié à l’époque féconde de la Renaissance et d’Heinrich Schickhardt, architecte urbaniste du Prince Frédéric de Wurtemberg, Montbéliard en appelle aux histoires.
Pour les recueillir, rien de mieux que d’emprunter les ruelles médiévales longeant les contrebas du château transformé en musée relatant la vie quotidienne des Princes de la Renaissance, et qui accueille une exposition d’archéologie suivie d’une partie dédiée à l’inventeur de la paléontologie: l’enfant du pays Georges Cuvier.
Quand la ville se la raconte...
...cela donne :
Des histoires de voitures aux Musées Peugeot ou au centre de production dont une partie se visite sur rendez vous.
Des histoires de chocolat au Musée improvisé de Monsieur Debrie, le chocolatier sculpteur et inventeur des Péchés du Diable dans le quartier des Coînots.
Des histoires de sciences et techniques dans le magnifique jardin scientifique du Près- la-Rose. Proche du canal du Rhône au Rhin le parc de 10 ha accueille le Pavillon des sciences, un labyrinthe végétal immense, une fontaine Galilée bluffante, le plus haut cadran solaire du monde...
Des histoires de café au Bistrot du commerce, endroit sympa et chaleureux vanté pour ses jus d’orange chauds à la cannelle servis lors du grand marché de Noël (Plus de 300’000 visiteurs chaque année)
Des histoires de papilles dans la sympathique épicerie fine-restaurant du Divin (proche du temple) ou en croquant la Ragotine des chocolatiers Ragot de la rue de Belfort, une des plus vieilles et des plus sympa de la ville entre bonnes tables (chez Joseph, Baltica, Casa vecchia) et p’tit commerce.
Des histoires d’art contemporain à la Galerie du 19, Centre d’art contemporain installé dans le premier garage des Peugeot en face de la Gare. (Expo de peintures de Morandi, Chalendard, Janitz et Oudart jusqu’au 18 juin)
Des histoires de vin à la Cité des Princes, restaurant confidentiel de la rue de Laurillard auquel on accède par un impressionnant escalier Renaissance édifié selon la règle du nombre d’or.
Des histoires locales en plein centre villle au Musée d’art et d’histoire dans le magnifique hôtel particulier XVIIIe siècle dit Beurnier-Rossel.
Des histoires franco-suisses puisqu’avant de s’appeler la race montbéliarde, la vache du lait de Comté s’appelait la franco-suisse.
Au gré des façades, la rigueur se dispute à la couleur: est-on dans le val d’Ajoie tout proche, avons-nous passé la frontière d’Outre-Rhin ou bien celle d’Italie ? Un peu des trois si l’on considère que les artisans des XVIe et XVIIe siècles, réunis au sein d’une corporation dite des Schonffes, allaient faire leur apprentissage du côté de Porrentruy, que l’architecte du temple Saint Martin s’inspira des modèles architecturaux du Cinquecento italien, et que les façades acidulées de verts, de bleus, d’ocres et de rouges sont traitées à la manière des maisons wurtembergeoises.
Heinrich Schickhardt le Léonard de Vinci souabe
C’est que les princes de Wurtemberg sont avant tout de grands humanistes voyageurs, la foi luthérienne aidant. Plus de trois siècles avant Jules Ferry, le Prince Frédéric 1er (1557-1608) érigea en obligation la scolarisation des garçons et... des filles. Ce ne fut point vaine réforme, voire la justification du futur développement industriel du bassin de Montbéliard où les grandes familles protestantes purent s’appuyer sur une main d’œuvre désormais qualifiée. Textile, mécanique et horlogerie (5000 horlogers au XIXe siècle) purent alors prospérer. Tout à la fois terre d’accueil des huguenots chassés de France, ville d’art, de culture et d’érudition (dès le XVIe
siècle l’imprimerie Foillart sise dans les Halles publiait des livres de botanique, de religion et d’astrologie), le présent montbéliardais peut alors se découvrir. La mairie de grès vosgien ne fait-elle pas face au blanc calcaire jurassien du Temple Saint Martin, seul édifice du culte luthérien bâti à cet effet sur le sol français ?
David Richard
Pendant la saison estivale, dans le cadre des mardis d’accueil l’office de tourisme met en scène son passé historique avec des personnages en costume d’époque.
Renseignements: www.ot-pays-de-montbeliard.fr
Claude Nicolas Ledoux:
L’architecte de l’idéal
Architecte renommé du roi Louis XV et théoricien d’une architecture de l’épanouissement individuel et communautaire, tel est Claude-Nicolas Ledoux. Pour le bicentenaire de sa mort, le Doubs de la Saline royale d’Arc et Senans et du théâtre de Besançon lui devait bien un hommage.
Voyage au siècle des Lumières de Nicolas Ledoux…
A contrario de Cézanne et de Mozart fêtés eux aussi cette année, il s’agit moins de célèbrer l’œuvre que la pensée du génial visionnaire qu’était Claude-Nicolas Ledoux. En effet ne subsistent guère plus que quelques sites respectés de l’architecte dont le château de Bénouville dans le Calvados et la fameuse Barrière d’Octroi parisienne ce mur murant Paris qui murmure où seules quatre des cinquante-deux portes initiales témoignent encore de son existence.
L’architecte de la modernité
En fait de pensée, le titre du traité rédigé deux ans avant sa mort vaut à lui seul clarté sur la grandeur du bonhomme, urbaniste avant l’heure. «L’Architecture considérée sous le rapport de l’art, des mœurs et de la législation» est considéré à juste titre comme un chef-d’œuvre. «J’aurais rempli la moitié de mon but si l’architecte qui commande à tous les arts ne commandait à toutes les vertus: le projet est vaste sans doute; mais ce que l’homme veut dans ce genre, les dieux le veulent aussi» peut-on y lire. Cet architecte, penseur, philosophe et poète à ses heures entendait que son art permit «aux hommes, aux habitants, de vivre une vie agréable et utile». Il n’est qu’à voir sur l’aire d’autoroute du Jura le sublime Pavillon des Cercles, œuvre post mortem réalisée sur ses plans pour intégrer la modernité de son génie. Deux siècles après Il aura fallu mettre au point une technologie spécifique pour pouvoir édifier ces quatre disques de béton magiquement assemblés en une bulle cubique pour le moins... agréable et utile.
Indissociable de la Saline Royale et surtout de son projet de cité idéale en la Ville Sociale de Chaux, Ledoux imagine une ville fonctionnelle. Hôtel de ville, bourse, palais de justice, cimetière et même lieux de rencontres amoureuses viennent arrondir le demi-cercle formé des lieux de résidence et du centre de production sous l’œil complaisant du disque solaire et de l’imposante maison du Directeur bâtie en son centre. On retrouve également sa volonté d’harmonie tant esthétique que sociale au théâtre de Besançon. Des bancs pour que chacun soit assis, une fosse d’orchestre pour libérer le son et le jeu des acteurs et un plan incliné pour que chacun puisse voir; trois premières que l’on retrouve ultérieurement dans tous les théâtres du monde.
«Aie le courage de te servir de ton propre entendement. Voilà la devise des Lumières» écrivait Emmanuel Kant dans la Philosophie de l’Histoire. Une devise illustrée à dessein par l’architecte des Lumières.
David Richard
Programme détaillé du Bicentenaire: près de 30 événements (animations festives, concert, conférences,) pour la plupart gratuits jusqu’en novembre (voir encadré en bas de page et sur http://ledoux2006.doubs.fr )
«Il y a des tas d’imbéciles qui croient que ça se fait comme ça, un paysage... Pour peindre un pays il faut le connaître»
Gustave Courbet
Pour dépeindre Gustave Courbet il faut connaître son pays. Point de salut sans connaître Ornans et la vallée de la Loue. Un pays fier, une province libre de l’Empire de Charles- Quint qui vit naître au XVIe siècle le premier ministre de Philippe II d’Espagne. Une cité où les maisons surplombent en de savants équilibres une des plus belles rivières de France. C’est dans l’une d’elles sur la rive gauche aux abords du Pont Nahin que le chantre du Réalisme voit le jour en 1819. Pour comprendre Courbet, il suffit alors de se pencher aux fenêtres de la maison natale devenue aujourd’hui musée et voir sa palette apparaître. Gris bleuté des falaises, aplats de verts infinis entre pâturages et massifs forestiers, la nature se joue ici des superlatifs. Exaltée, débordante, sauvage, domestiquée c’est selon! Montgesoye, Vuillafans et son vin de chardonnay, le village vigneron de Lods et son musée de la vigne, les toits de lave des églises, la Roche de Mouthier Haute-Pierre d’où l’on voit le Mont Blanc, les Gorges de Noailles puis enfin la grotte de laquelle jaillit l’eau d’un noir profond, les toiles du maître défilent grandeur nature.
«Ami de la réalité et élève de la nature comme il aimait à se définir lui-même», Courbet fut raillé pour son goût démesuré du monde qui l’entoure, petites gens y compris. Dès 1861, il affirme tenir «que la peinture est un art essentiellement concret et ne peut exister que dans la représentation des choses réelles et existantes... le beau est dans la nature et se rencontre dans la réalité sous les formes les plus diverses». Les fondements du Réalisme étaient ainsi posés. En ce début de millénaire, le souci de l’écologie, la protection de l’environnement, le retour aux valeurs authentiques et le tourisme dit «vert» légitiment à l’envi l’intuition du maître. Il y a des tas d’imbéciles qui croient que ça se connaît comme ça, un peintre...
Situé à une dizaine de kilomètres d’Ornans, le parc préhistorique du Dino-Zoo de Charbonnières n’en finit pas d’innover. Dès son ouverture en 1992 le parc se dote d’un atelier de sculpture désormais spécialisé dans la reconstitution à l’échelle des animaux préhistoriques sous l’œil attentif de scientifiques. Plus d’une centaine créent le cheminement avec ambiance sonore dans les douze hectares du parc. Un parcours jurassique, un film en
4D sur l’évolution animale, une reconstitution de la vie de nos ancêtres au paléolithique, des dinos galopants pour les enfants, des animations sur l’art rupestre, l’allumage du feu et le tir au propulseur: le parc est conçu pour toute la famille. Dernière nouveauté issue des labos du Dino-zoo, un colosse de 12 mètres et de 4,5 mètres de haut: le Tyranosaurus Rex qui fait suite aux derniers résultats des recherches des paléontologues.
Renseignements : Tél. +33 3 81 59 27 05 www.dino-zoo.com
Au pays des
fruitières de Comté
«Ils ont dans le pays de Pontarlier une industrie toute patriarcale qu’ils appellent fruitière»
Victor Hugo
Au pays de Proudhon et de Fourier, il est un type d’économie communautaire on dirait de réseau de nos jours qui perdure dans les secteurs laitiers et viticoles depuis dix siècles. Le pays de Comté compte encore 180 fruitières, ces coopératives de village où tous les producteurs de lait répondant aux normes de l’appellation d’origine viennent chaque jour vider dans de grandes cuves de cuivre leur blanche contribution à la production de fromage de Comté.
L’historien Michel Vernus («Une saveur venue des siècles», chez Cabédita) recense dès le XIIIe siècle le terme de «fructerie» sans attester toutefois de la réelle existence d’une structure de type coopératif. Plus sûrement, c’est un texte de 1441 de l’Abbé de Saint Claude Guy d’Usier, voulant octroyer différents prés aux habitants de Tréley «pour faire une fruitière sous le cens de tous les fromaiges qui se feront de tout le bestail de la communauté et villaige de Tréley en deux jours d’une chacune année» qui attesterait de cette volonté. Toutefois, la fruitière de Déservillers dans le Doubs est reconnue traditionnellement comme la première en 1273.
Au fur et à mesure que s’élaborent les statuts des fruitières se développe leur implantation. Ouvrez l’oeil car en ce pays, il en est toujours une à dix kilomètres à la ronde pour vendre Comté, Morbier, raclette et autre beurre, œufs et crème crue. Souvent ouvertes le dimanche, certaines jouent à fond la carte des produits régionaux. Parce ce que rien n’est plus agréable que de pouvoir choisir un vin jaune tout en ayant goûté aux différents crus de Comté...
Depuis quelques années, un tourisme des fruitières s’est fédéré autour des Routes du Comté. Plus qu’un itinéraire, les routes du Comté (www.routesducomte.com) regroupent en premier lieu les fermes de production, les fruitières et les caves d’affinage que l’on peut visiter, mais aussi des activités de pleine nature directement liées à la découverte des paysages et des pratiques agricoles régionales. Ajoutez à cela les étapes gourmandes et vous aurez tôt fait de goûter au lien unique entre des hommes et leur terre. De quoi en faire tout un fromage.
Pour en savoir plus:
- La cave d’affinage du Fort Saint Antoine occupé depuis 1965 par les fromageries Marcel Petite où 65000 meules de Comté y sont affinées.
- Le Hameau du Fromage à Cléron dans la vallée de la Loue où le circuit de visite d’une heure dévoîle 1000 ans de tradition fromagère avec film historique, muséographie d’objets, diaporama sur la Franche-Comté, textes et scènes du morbier sans oublier la dégustation de grands fromages et de vins de Franche-Comté (www.hameaudufromage.com)
- La fromagerie musée de Trepot: proche du Gouffre de Poudrey peu avant Besançon, cette ancienne fromagerie fait découvrir les méthodes traditionnelles de fabrication.
- La Maison du Comté à Poligny dans le Jura: c’est le quartier général de l’interprofession du Comté.
- A table avec le Comté aux éditions Tigibus: tout ce qu’il faut savoir sur le comté avec des photos superbes et des recettes de chef (jean-claude.barbeaux@wanadoo.fr)
Cave d’affinage du fort St. Antoine. Photo Denis Maraux
Besançon remet les pendules à l’heure de Vesontio
Besançon a le temps dans la peau... et la quête du sens dans le sang. La découverte de cette cité par deux fois millénaires est pour tout visiteur une rare expérience de se voir commuer en machine à remonter le temps. Point de hasard donc pour que «Le Roi, l’Empereur et la Pendule» et «De Vesontio à Besançon», les deux remarquables expositions de l’été bisontin investissent le Musée du temps et le Musée de Beaux-Arts et d’archéologie.
Besançon est une horloge. Non, soyons plus précis! Besançon est un cadran dont le Doubs serait l’aiguille des siècles. Un garde-temps précieux qui compte grande date et répétition minute des tourbillons de l’histoire. De la cité des Séquanes décrite dans «La guerre des Gaules» de Jules César à la capitale du récent pôle des micromécaniques localisé sur Témis: Besançon construit son avenir par le passé.
«Le temps, cette image mobile de l’immobile éternité» Saint Augustin
En témoigne le dossier que la ville prépare activement pour 2007 en vue de se voir reconnaître Patrimoine Mondial de l’humanité par l’Unesco. Formant le réseau des sites majeurs de Vauban avec huit autres villes, l’association bisontine sonnerait volontiers, en cas de succès, les cloches des nombreuses églises de la ville. L’inscription rêvée coïnciderait mécaniquement avec les célébrations du tricentenaire de la mort de Vauban, en 2007. De quoi faire rougir de plaisir le circuit des remparts dont la mise en scène lumineuse consacre la Citadelle comme emblème ou à tout le moins... comme phare touristique de la ville.
Délaissons cette star locale pour battre le pavé de ses pentes et redescendre dans le vieux quartier capitulaire. Arrivés près de la Cathédrale Saint Jean en place dès le XIIe siècle (peintures de Van Loo et horloge astronomique), les siècles du temps s’entrechoquent. Ou plutôt ils s’embriquent l’un sur l’autre... La Porte Noire d’époque Marc Aurèle débouche sur le square archéologique Castan tout récemment restauré à l’ombre de l’Hôtel de région, voisin gémellaire des bâtiments de l’Archevêché.
Les pendules du Mobilier national:
une première pour le public
Passés la place ayant vu naître Victor Hugo, vivre Gustave Courbet et jouer les Frères Lumière en culottes courtes, le Palais Granvelle nous appelle. Du nom de l’ambassadeur de Charles Quint, construit en 1532, il est lui aussi prisonnier de l’Histoire. Renaissance italienne dans ses proportions, ses décors et sa galerie ouverte, l’interprétation se révèle d’inspiration flamande. Flashback instantané au temps où le Comté de Bourgogne avec à sa tête Marguerite d’Autriche, régente des Pays-Bas, savait s’accommoder des susceptibilités locales avec élégance. La grâce massive du «Louvre», surnommé ainsi après que Louis XIV en pleine conquête de Comté y eut dormi, ne doit pas faire oublier que les trésors du temps sont à l’étage supérieur. «Pendules de rois, reines des pendules» aurait pu s’appeler l’exposition inédite de cinquante pendules ayant meublé les palais royaux de Napoléon Bonaparte, les appartements de l’impératrice et les palais des tsars du XIXe siècle. Une chance pour Besançon puisque cette collection du Mobilier national affronte pour la première fois, depuis ces époques de grand faste, le regard des gens de peu que nous sommes.
De Vesontio à Besançon:
une exposition reconnue d’Intérêt national
De l’or plein les yeux, la montre en main et l’estomac dans les talons après cette traversée de dix-huit siècles, le troisième millénaire vous fera de l’oeil une fois attablé aux terrasses aguicheuses d’une ville où l’on sait prendre du bon temps. Nul souci de se perdrede la promenade Granvelle à la place du marché où l’exposition d’archéologie prend ses quartiers d’été au Musée des Beaux-Arts et d’archéologie. Pour peu que l’on ne franchisse pas le Doubs, toutes les rues mènent à la place du marché plus fréquemment dénommée place de la Révolution depuis que la municipalité a entrepris un lifting colossal de l’espace, urbanisé désormais entre passé et présent aseptisé. La plus ancienne collection de France léguée par l’Abbé Boisot en 1694 («à condition qu’elles soient mises à la disposition du public selon des jours et horaires réguliers») devint donc musée cent ans avant le Louvre lui-même. Le legs se partage entre l’ancienne halle aux grains de la place du... marché et la bibliothèque dont le fonds en incunables et raretés bibliographiques est un des plus riches de France.
Aménagée par Miquel, élève du Corbusier entre 1966 et 1970, la halle est désormais un musée archéologique et des Beaux-Arts d’une richesse internationalement reconnue (cabinet de dessins, écoles flamandes du XVIIe et école française du XVIIIe siècle).
A moins que l’esprit de la ville ne vous échappe, nul doute que les promesses d’une exposition magistrale ne puissent être tenues. L’évolution urbaine conçue comme une promenade dans le temps entre vestiges gaulois, période romaine et Moyen-Age sert de fil conducteur à l’exposition. «Quand l’architecture rejoint sa destinée d’être la mise en ordre du temps présent» conclurait Le Corbusier.