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Espagne 2005Un cru exceptionnelpar Kathereen Abhervé
Dire quil se passe toujours quelque chose en Espagne est un euphémisme, puisquen ce début dannée, de nombreux grands événements culturels sont annoncés et font de la péninsule ibérique un des points de mire du monde.
Article paru en Mars 2005
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L'année 2004 n'a pas déçu les attentes
Bien que l'année 2004 ait été marquée par la tragédie madrilène du 11 mars dernier, qui bouleversa l'Espagne et souleva une immense onde de compassion, les visiteurs étrangers ne se découragèrent pas et furent d'ailleurs plus nombreux à Madrid que l'année précédente. Précisons que durant l'année écoulée l'Espagne a accueilli plus de cinquante millions de touristes étrangers dont près d'un million de Suisses, soit un taux de croissance de 3% par rapport à l'année 2003. Cette importante fréquentation est peut-être due au Xacobeo 2004, célébration exceptionnelle qui se déroule à Saint-Jacques de Compostelle, lorsque le 25 juillet, fête du saint, tombe un dimanche, ce qui fut le cas l'année dernière. A cette occasion, six millions de visiteurs se sont rendus en Galice et à Saint-Jacques de Compostelle, soit un million de plus qu'en 1999, lors du précédent Xacobeo. Quelques beaux projets s'annoncent à l'horizon Durant les prochaines années plusieurs grandes manifestations culturelles et sportives vont illuminer le ciel d'Espagne et faire couler beaucoup d'encre, à commencer par celle de votre servante qui ne résiste pas à l'envie de vous présenter quelques-uns uns de ces événements en avant-première ou presque... L'Assemblée des délégués de l'Office International des Expositions a fait savoir en décembre dernier, que la ville de Saragosse en Aragon était élue contre Trieste (Italie) et Salonique (Grèce), siège de la prochaine Exposition Internationale, qui se déroulera du 14 juin au 13 septembre 2008. Cette exposition d'un budget de quinze milliards d'Euros, s'intitulera «L'eau et le développement durable», un sujet qui tient à c'ur à cette ville baignée par l'Ebre, l'un des plus grands fleuves du pays coulant des monts Cantabriques (Pyrénées) à la Méditerranée. Plus de trois millions de visiteurs sont attendus dans la ville natale de Goya et de Luis Buñuel, située en plein c'ur de l'Espagne et, de ce fait, très bien desservie par la route, le rail et les airs. Notons également que la course à la voile «Volvo Ocean Race» qui partira de Vigo en Galice s'annonce en prélude à la Coupe Louis Vuitton et à la Coupe de l'America qui se tiendront à Valence en 2007. En attendant ces prestigieux événements, l'Andalousie se prépare pour les Jeux de la Méditerranée à Almeria.
Nous achèverons notre tour d'Espagne par une promenade à Madrid qui depuis l'inauguration de l'Auditorio Nacional de Musica et la réhabilitation du Teatro Real, a repris toutes ses lettres de noblesse musicales, même si la capitale lyrique espagnole semble encore être Barcelone.
L'année Don Quichotte Cette année l'ancien royaume de Castille célèbre le quatrième centenaire de la première parution de Don Quichotte de Miguel de Cervantes (1605). Le succès fut tel que six éditions seront publiées en Espagne la même année. Ce fameux roman narrant les aventures picaresques d'un personnage haut en couleur universellement connu, est le chef d''uvre d'un homme de près de soixante ans dont la vie fut à l'image de son héros (poète passionné de lecture, soldat combattant dans les rangs de l'armée ponti.cale contre les Turcs, blessé à la bataille de Lépante, naufragé, prisonnier des pirates, libéré par le pacha d'Alger après plusieurs tentatives d'évasion, emprisonné pour malversations financières, excommunié, membre de la Congrégation littéraire du Très Saint-Sacrement et finalement écrivain les dix dernières années de sa vie). La seconde partie de Don Quichotte est publiée en 1615. Le succès est considérable.
Les célébrations qui se dérouleront tout au long de l'année en Castille-La Manche seront à la hauteur de l'événement et permettront au visiteur de découvrir la qualité du patrimoine architectural de cette étonnante région parsemée de villes magnifiques comme Tolède déclarée Patrimoine de l'Humanité, Cuenca et ses maisons du XVIème siècle suspendues au-dessus du précipice, Almagro avec son immense place d'influence flamande. Le voyageur appréciera la variété des paysages s'étendant de la plaine, où tournent les grands moulins blancs attaqués par Don Quichotte aux sierras abruptes. Grâce à un circuit qui tentera de suivre les aventures du héros de Cervantes, le visiteur découvrira de nombreux villages pleins d'histoire et de charme ' une route par ailleurs assez compliquée à suivre ' l'auteur ayant brouillé les pistes sans se soucier de nos itinéraires touristiques ! Notons toutefois que La Castille-La Manche n'avait pas attendu cet anniversaire pour inviter les pèlerins à suivre les traces de Don Quichotte: un circuit de quelque trois cent cinquante kilomètres tracé au c'ur de cette région, proposait déjà au visiteur de retrouver des indices du passage de son héros. Pour ce faire, il faut quitter Ciudad Real pour Carrión de Calatrava où, non loin de là, l'on peut admirer les magnifiques stalles de bois sculpté de l'église de Torralba de Calatrava. La traversée du parc naturel de las Tablas de Daimiel révélera la richesse de sa faune lacustre et de ses oiseaux migrateurs.
Le visiteur fera ensuite une halte à Puerto Lápice où l'on suppose que Don Quichotte se fit armer chevalier par l'aubergiste. Son descendant a d'ailleurs décoré sa venta dans cet esprit... On ne manquera pas de s'arrêter à l'Alcázar de San Juan environné des fameux moulins de pierres blanchies à la chaux dont la toiture est recouverte de planches de bois se chevauchant. Notons qu'une poutre inclinée, appuyée sur le sol, permet d'orienter les ailes selon la direction du vent. L'excursion se poursuivra parmi les moulins vers Campo de Criptana. Puis à El Toboso, le village le plus ancien de la région, le visiteur découvrira la «Maison de Dulcinée» transformée en musée, puis une petite église au bout d'un chemin perdu. C'est ici que Don Quichotte se serait écrié «Sancho, nous avons trouvé l'église !». Puis la ville de Mota del Cuervo apparaît au pied d'une colline couronnée de moulins. Le circuit passe ensuite par Tomelloso qui se trouve au c'ur d'une des meilleures régions de chasse de la Manche et à proximité de Argamasilla de Alba, où Cervantès fit naître et mourir son héros ; lui-même y fut emprisonné pour n'avoir pas réglé ce qu'il devait à l'ordre de Saint-Jean dont il était le percepteur de dîmes. Le voyageur traversera ensuite une très belle région de petits lacs (Ruidera). Le circuit s'achèvera à Ciudad Real que l'on rejoindra en passant par Alhambra, remarquable par son château, puis par San Carlos del Valle aux élégantes maisons de brique. Bien sûr ce circuit n'est pas le seul, mais il a ses charmes !
Les célébrations organisées autour du personnage de Don Quichotte, vont permettre à la Castille-La Manche restée jusqu'à présent en marge des grands circuits touristiques, de révéler aux visiteurs la qualité de son patrimoine architectural et de son héritage historique, et d'affirmer son modernisme, son dynamisme et sa volonté de changement malgré son désir de préserver ses traditions et sa culture. Les visiteurs partant à la rencontre de Don Quichotte n'auront que l'embarras du choix entre les nombreuses expositions, les conférences, les concerts, les spectacles de théâtre, de danse et de marionnettes. Ce quatrième centenaire donnera également l'occasion de publier de nouvelles éditions du roman de Cervantes (fac-similé de l'une des premières éditions ' six éditions furent publiées en 1605 ', livre de poche: «Un Don Quichotte, un euro» , des livres pour enfants) ainsi que des ouvrages relatifs à Don Quichotte.
Est-ce pour commémorer le centenaire de l'Exposition Hispano-Française de Saragosse de 1908, que cette très belle ville d'Aragon bâtie sur l'Èbre, second fleuve de la péninsule ibérique, a été à nouveau choisie pour accueillir en 2008 la prochaine Exposition Internationale '
De plus depuis la publication du fameux rapport «Notre Futur Commun» en 1987, le développement durable étant devenu une préoccupation permanente servant depuis de «devise» à de nombreux sommets internationaux comme celui de Rio de Janeiro en 1992 et celui de Johannesburg en 2002, pour ne citer que ceux-là, ne pouvait échapper aux organisateurs de l'exposition aragonaise.
Plus de soixante pays, organisations internationales, entreprises publiques et privées, ONG, sont attendus sur plus de 12'000 mètres carrés. En cohérence avec les contenus de l'exposition, le cycle de conférences et de séminaires «la Tribune de l'Eau» développera une ré.exion sur les défis de l'humanité en rapport avec l'eau et les formules pour parvenir à une bonne administration de l'eau. Une conférence Internationale sur l'Eau et l'Environnement en septembre 2008 clôturera ce cycle et aboutira à la Déclaration de Saragosse. Parallèlement à cette exposition vers laquelle on espère voir se tourner tous les yeux de la planète, un programme d'activités culturelles sera proposé jour et nuit aux visiteurs, comme des spectacles «son et lumière » sur le fleuve Ebre, un festival de spectacles de rue, des concerts, du théâtre dont les points culminants se situeront autour de la fête du 24 juin qui offrira à l'occasion de la Saint Jean, une nuit de feu et d'eau, le 16 juillet dédié à «El Carmen, la femme et l'eau» et enfin le 15 août où la Vierge d'août sera célébrée par de fantastiques jeux d'eau.
Le grand projet urbanistique de Valencia
Madrid et la musique
La Zarzuela L'histoire de la musique à Madrid a toujours été dominée par la Zarzuela, l'opéra s'y développant moins qu'à Barcelone. Deux compositeurs italiens ont véritablement marqué Madrid. Tout d'abord Domenico Scarlatti, qui au Portugal enseignait le clavecin à l'infante Maria Barbara puis l'a suivie à la cour de Madrid lorsqu'elle épousa le prince héritier d'Espagne (1728). Vint ensuite Luigi Boccherini, nommé compositeur de la chambre de l'infant Don Luis (dans les années 1770). Ainsi durant les XVIIe et XVIIIe siècles l'opéra est accaparé par les artistes italiens et français ' interprètes et compositeurs confondus laissant les Espagnols s'épanouir dans la Zarzuela dont les origines remontent au XVIIe siècle: les «Fiestas de Zarzuela» étaient des spectacles où les mots l'emportaient sur la musique. On a souvent comparé la Zarzuela à l'opérette, à l'opéra comique français ou au Singspiel allemand, du fait de l'alternance des parties chantées et parlées, elle s'en distingue cependant par la vivacité de ses rythmes et la permanence des airs populaires espagnoles. Juan Hidalgo (vers 1612-1685) est le premier compositeur à avoir écrit de la musique pour les zarzuelas du dramaturge espagnol Pedro Calderón de la Barca. Au XVIIIe siècle, la Zarzuela est détrônée par un genre plus léger, la tonadilla, mais surtout par l'opéra italien. La Zarzuela revient toutefois en force vers la première moitié du XIXe siècle, où le désir de créer un opéra national espagnol a incité des compositeurs tels que Francisco Barbieri (Jugar con fuego - 1851, Los Diamantes de la corona - 1854), Thomas Breton, élève d'Arrieta (La Verbena de la paloma - 1894, écrite en dix-neuf jours, très populaire en Espagne et en Amérique latine, et La Dolores - 1895), Ruperto Chapi le piano au Conservatoire de Madrid, tenta en vain de se faire connaître comme compositeur de zarzuela; il signera des chefs-d''uvre tels que La Vida breve, El Amor brujo ou le Tricorne. Ou Joaquin Rodrigo, nommé en 1944 conseiller musical de la Radio espagnole et, en 1946, professeur d'histoire de la musique à l'Université de Madrid dont son célèbre Concerto Aranjuez (1939) évoquant l'Espagne ancienne, devenu le concerto pour guitare le plus populaire du répertoire.
Les orchestres madrilènes Madrid, comme nous l'avons précédemment constaté, possède une véritable tradition orchestrale, preuve en est, l'existence de quatre orchestres symphoniques dont l'Orquesta Sinfonica de Madrid, fondé en 1903. Enrique Fernandez Arbos en fut le directeur musical pendant plus de trente ans, invitant Richard Strauss et Stravinsky. Les plus grands chefs se sont ensuite succédé à sa tête comme Garcia Navarro, Rostropovitch, Penderecki ou Kurt Sanderling. Cristobal Halffter est actuellement le compositeur en résidence.
L'Orchestre National d'Espagne (Orquesta Nacional de Espana) créé en 1942 par Joaquin Turina, résulte de la fusion de deux orchestres nationaux. La direction de cet orchestre a été successivement assurée par Bartolomé Pérez Casa, Ataulfo Argenta, Rafael Frühbeck de Burgos, Antonio Ros-Marbà, Jesus Lopez Cobos et le Milanais Antoni Ceccato. Josep Pons en est le directeur actuel. De nombreuses baguettes célèbres y furent invitées comme celles de Markevitch, Celibidache, Mehta, Abbado, Giulini et Jochum. Son répertoire qui comprend beaucoup de musique espagnole s'étend des grandes 'uvres du XVIIIe à celles du y Lorente qui composa La Revoltosa (1897) .gurant d'ailleurs encore au répertoire contemporain et Amadeo Vives. Il faudra attendre la fin du XIXe siècle avec les compositeurs et pianistes Enrique Granados (1867-1916) (Goyescas et les Danzas espanolas) et Isaac Albeniz (1860-1909) qui appartient à un groupe de compositeurs tirant leur inspiration de la musique espagnole (Iberia et La Suite espagnole), pour que Madrid trouve sa véritable place musicale. Citons également Manuel de Falla (1876-1946) qui après avoir étudié XXe siècle.
Par ailleurs on retrouve Igor Markevitch à la tête de l'Orchestre Symphonique et du Ch'ur de la RTVE (Orquesta Sinfonica y Coro de la RTVE) fondés en 1965. C'est l'orchestre le plus entendu en Espagne grâce à la radio. De nombreux chefs sont venus le diriger comme Celibidache, Inbal, Marriner, Lopez Cobos, Dutoit, Helmut Rilling, Leopold Hager.
Les derniers venus, l'Orchesta y coro de la Comunidad de Madrid, furent créés respectivement en 1987 et 1984. Depuis 1998, ces deux formations en résidence au Teatro de la Zarzuela, ont été dirigés par des chefs tels que Rafael Frühbeck de Burgos, Robert King, Eric Ericson , Joseph Pons. Son chef principal est actuellement José Ramon Encinar. Par ailleurs l'orchestre est très souvent invité par les plus grands festivals d'Espagne.
Les salles de concert madrilènes
Notre promenade impromptue au c'ur de la musique s'achèvera par une présentation des trois principales salles de spectacle et de concert de Madrid, à commencer par le fameux Teatro de la Zarzuela inauguré en 1856 sous la direction du compositeur Francisco Barbieri à qui l'on doit le plan de la scène et de la fosse d'orchestre. Le théâtre détruit par un incendie en 1909 sera reconstruit quatre ans plus tard, le public madrilène ne pouvant se passer de Zarzuela. Cependant la guerre civile met fin à ce type de divertissement. Ce n'est qu'en 1956, que la Sociedad General de Autores de Espana qui l'a acheté, choisit de le remanier afin de pouvoir accueillir en l'absence de l'Auditorium et de la salle d'opéra (Teatro Real), les spectacles lyriques, la danse, la Zarzuela bien sûr et les concerts. Mais ce n'est qu'en 1998 que la Zarzuela reprend vraiment sa place dans son propre théâtre qui continue toutefois de proposer récitals et spectacles de danse.
National d'Espagne et plus tard, à l'Orchestre et au Ch'ur de la RTVE jusqu'en 1988 où il est fermé pour d'importants travaux de rénovation qui dureront près de dix ans. Le Teatro Real avait été déclaré Monument National en 1977.
Inauguré en 1988 l'Auditorium National de Musica de Madrid aux qualités acoustiques exceptionnelles, devient à son tour le siège de l'Orchestre et du Ch'ur National d'Espagne (OCNE). Cet auditorium est doté de deux salles de concerts qui accueillent plus de trois cent cinquante concerts par saison.
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