Achetez ici votre campagne publicitaire sur notre site

Lille

Le Nord se métamorphose...

 

par Kathereen Abhervé

 


Le 6 décembre dernier, jour de la Saint Nicolas marquait l'ouverture «en fanfare» de l'année qui va couronner Lille, Capitale Européenne de la Culture et des Arts 2004. Mais ce jour de fête a failli tourner au cauchemar. Trop de monde, bien trop de monde! Et pourtant le public était si heureux de faire la fête. Il faut dire qu'ici, à Lille, les descendants des «Gueules noires» savent et aiment s'amuser. C'est une tradition car cette «nation picarde» laborieuse mais épicurienne a toujours aimé la bonne chère et les fêtes.

 

Article paru en Janvier 2004

 La fête populaire a dépassé toutes les attentes

Aujourd'hui encore tout est prétexte à organiser un banquet, des carnavals, des fêtes, des ducasses (fête catholique) ou des kermesses, des braderies, à se retrouver pour faire de la musique ou à partager une bière à l'estaminet (café). Dans cette région on n'attend pas Mardi Gras pour se déguiser, les défilés carnavalesques avec chars et géants ont lieu toute l'année.

Le soir de l'ouverture, les Lillois ont donc répondu à l'appel en masse et où l'on attendait 300 000 personnes, le double s'est présenté. Résultat, des personnes piétinées, des bousculades, des malaises, et quantité de spectateurs déçus de n'avoir rien pu voir ni entendre. Mais ici la foule coutumière de ces grands rassemblements, est restée calme. Les organisateurs n'avaient reculé devant aucun sacrifice et si, sur le parvis de la gare de Lille-Flandres, un millier de choristes et d'instrumentistes s'étaient rassemblés sous la baguette de Jean-Claude Casadesus à la tête de l'Orchestre national de Lille, pour interpréter Le Chant du Chemin de Fer de Berlioz, le grand Bal Blanc a dépassé toutes les espérances de fréquentation. 15 000 K.Ways blancs et 60 000 ponchos de barbier italien ont été distribués ce soir-là pour transformer le public en écran géant sur lequel des images étaient projetées. La grande Parade, les bals organisés dans toute la ville et la région, les feux d'artifice ont rassemblé des centaines de milliers de spectateurs qui ont submergé et immobilisé le coeur de la ville.

Certains concerts ont dû être annulé, mais la fête s'est poursuivie. La neige artificielle est tombée en abondance sur la Grande Place noire de monde. «C'était un grand bonheur de masse, une surprisepartie géante» a-t-on pu lire le lendemain dans la presse française'

Une nomination bien méritée

On pourrait penser que le fait d'avoir été élevée au rang de Capitale Européenne de la Culture par les ministres de la culture de la communauté européenne, n'est qu'une affaire de prestige pour la ville élue. En ce qui concerne, Lille, ce choix n'est certainement pas usurpé car sa longue histoire humaine, architecturale, artistique, commerciale et industrielle s'y est gravée en lettres de pierre et les façades de la vieille ville en ont conservé d'éloquentes traces.

Une histoire certes mouvementée puisque de flamande, Lille devint bourguignonne, puis française et quelque temps autrichienne. Elle fut également espagnole pour redevenir française. Onze sièges et plusieurs destructions n'ont pas eu raison de son énergie de bâtisseur, et son patrimoine architectural magnifiquement restauré depuis les années 1965 en témoigne largement.

Lille idéalement assise sur deux frontières, installée à un carrefour d'axes commerciaux Nord-Sud et Est-Ouest, n'a pas attendu ce titre prestigieux pour devenir la métropole régionale qu'elle n'a jamais cessé d'être depuis le moyen-âge, et la capitale européenne qu'elle est aujourd'hui en entrant dans la modernité.

Bien sûr les habitants sont fiers d'une telle nomination et les édiles sont rassurés car les 73 millions d'Euros de budget alloués vont leur permettre de jouer les mécènes éclairés en organisant plus de 2000 manifestations réparties sur toute l'année. Une bonne raison pour ranimer le chauvinisme latent des français déjà tellement persuadés que leur pays est vraiment exceptionnel, et montrer par la même occasion aux Parisiens que la France ne s'arrête à Paris. De Gênes par contre, désignée également Capitale Européenne de la Culture 2004, nul n'en parle ?

Lille, ville au patrimoine flamboyant

Lille n'a donc pas attendu cet événement européen pour entreprendre la sauvegarde de ses magnifiques demeures et monuments, témoins muets de son histoire. La restauration des nombreuses façades 17e alliant briques et pierres sculptées (rue du Palais Rihour et la Vieille Bourse) et celles du 18e siècle, a par ailleurs permis de montrer la richesse et l'importance que la ville avait acquises à partir de 1667, car après un siège rondement mené par Louis XIV, Lille devint capitale des provinces du Nord. Alors que Vauban y bâtissait une citadelle ' la plus importante et la mieux conservée de France ' , le roi soleil agrandissait et embellissait la ville, réglementant les alignements (rangs) et les modèles de maisons, contrôlant jusqu'aux décorations des façades qui se parèrent d'angelots, de cornes d'abondance, de dauphins, de masques, etc'. Durant le 18e siècle, Lille va figurer parmi les grandes cités du royaume de France, se couvrant d'églises et de nombreux hôtels particuliers qui abandonnèrent la brique et le polychromie flamande, pour la pierre blanche.

De l'époque des Ducs de Bourgogne, ' Lille était alors renommée pour la qualité de ses draperies ' il ne reste que le magnifique Palais Rihour, de style gothique, construit par Philippe le Bon. Les traces du XIXe siècle quant à elles fort nombreuses, témoignent de l'éclectisme architectural d'une époque où les bâtisseurs du Second Empire puisaient sans vergogne dans les siècles passés (les demeures de la Rue Brûle-Maison et le Boulevard de la Liberté). La ville qui se développe grâce à la grande industrie et à l'extraction du charbon, s'agrandit en annexant les faubourgs, créant un prolétariat urbain qui s'entasse très misérablement dans le quartier St-Sauveur. Au c'ur de la cité, hôtels particuliers, églises, théâtres et opéra, musées adoptent des styles d'inspiration Renaissance, baroque, gothique, rococo ou classique. De nouvelles rues sont tracées, des jardins et des squares dessinés (Jardin Vauban). Une gare monumentale surmontée d'une magnifique verrière de 10 000 m2 érigée entre 1869 et 1892 témoigne de l'importance que Lille est en train de prendre.

Lille contemporaine

Cette cité qui jadis s'est développée grâce à l'essor de l'industrie textile est aujourd'hui devenue le grand pôle économique, financier et commercial du Nord, et bientôt de l'Europe. Or cette métropole ne s'est pas faite en un jour.  Elle s'est construite patiemment et durant les XIXe et le XXe siècles, grâce à sa situation transfrontalière unique, elle s'est étendue jusqu'à Roubaix et Tourcoing, créant en 1996, la ville de Villeneuve-d'Ascq, en 1990 de nouveaux quartiers comme celui d'Euralille, tout en englobant villages et bourgades voisines jusqu'à déborder actuellement au delà de la frontière. Par ailleurs, l'ouverture du tunnel sous la Manche, la mise en service du TGV avec Bruxelles et Londres, les liaisons fluviales avec les ports belges et néerlandais accroissent encore le champ d'action de Lille Métropole vers le Nord-Ouest et le Nord-Est.

Lille se transforme

Tout en devenant la 17e agglomération européenne avec 1,6 millions d'habitants répartis dans plus de 110 communes de France et de Belgique, Lille a entrepris depuis plusieurs décennies la restauration et la mise en valeur de son patrimoine architectural exceptionnel. En fermant progressivement ses corons et en transformant à des fins culturelles, ses nombreuses usines dont les fumées endeuillaient les belles façades, Lille s'est patiemment refaite une beauté en troquant le noir et le gris contre une riche palette de couleurs.

Avant que la fête ne commence, Lille a fait peau neuve passant au peigne fin chaque édifice de son patrimoine architectural afin de lui restituer sa splendeur d'antan. Ainsi les bâtiments publics (Opéra, Salle Rameau, Salle des fêtes de Fives, magnifique exemple d'architecture Art-déco), les monuments classés comme la Porte de Paris, arc de triomphe édifié à la gloire de Louis XIV et considérée comme la plus belle des «portes de Guerre du Royaume» , la Porte de Roubaix, la Porte de Gand, et l'étonnant Hospice Comtesse dont le cour d'honneur vient d'être restaurée, le Palais Rihour, les églises (Sainte-Marie-Madeleine, St Maurice, St-Etienne, St André, Sainte Catherine), les hôtels particuliers ont été restaurés, ravalés, rafraîchis, réparés. Il aura fallu deux ans de travaux acharnés pour que l'Opéra retrouve sa belle élégance et puisse de nouveau accueillir son public dans un décor de marbre, d'ors et de stucs imaginé en 1923 par l'architecte Louis Marie Cordonnier (voir article dans Un Autre RegArt n°78).

Les espaces publics comme la rue Faidherbe, le quai du Wault, ont été réaménagés pour créer des «promenades urbaines» offrant aux piétons des itinéraires allégés de la présence des voitures. Même travail entrepris à Villeneuve d'Ascq, à Marcq-en-Bareul et à Roubaix.

Des squares ont également été rénovés, réaménagés et embellis par des concepteurs de paysage

Lille se métamorphose

Aussi, flattée d'avoir été choisie comme Capitale Européenne de la Culture et des Arts pour l'année 2004, et encouragée par l'important budget l'accompagnant, Lille, après avoir restauré avec beaucoup de soin son patrimoine exceptionnel, a souhaité poursuivre sa métamorphose, en se déguisant et en se scénographiant. Pour se faire, la métropole du Nord associée à 150 villes voisines, a fait appel à des artistes-concepteurs, des cinéastes, des plasticiens de renom de toutes origines et de cultures lointaines, à la fois décorateurs, magiciens et enchanteurs qui se sont emparés de ces villes et de leurs édifices pour les transformer selon leur imaginaire et leur poésie intime. C'est ainsi que la grande verrière de la gare Lille-Flandres, nimbe les voyageurs à leur arrivée d'un halo rosé imaginé par le designer français Patrick Jouin qui souhaite «faire entrer très en douceur dans la ville en fête». Pourquoi pas! Plus loin, dans la rue Faidherbe, les passants se promènent le long du «Chemin des étoiles» constitué d'arches géantes de plus de huit mètres de haut conçues par Jean-Claude Mézières. Cette installation se déplacera au cours de l'année dans d'autres villes de l'agglomération. Tout comme «La Forêt suspendue» de Lucie Lom actuellement visible place de l'Hôtel de Ville de Roubaix. Elle marchera ensuite comme celle de Macbteh, vers d'autres places.

François Boucq a quant à lui, sculpté en résine aux couleurs chatoyantes et aux formes surréalistes, une fontaine extravagante et polymorphe de plus de 6 mètres de haut qui de Tourcoing viendra à Lille. Dans la grande salle de l'historique Hospice Comtesse, Annette Messager a imaginé une exposition morbide «Les spectres de l'Hospice Comtesse» rappelant aux visiteurs la souffrance de ceux qui jadis y furent soignés. Âmes sensibles et impressionnables, s'abstenir!

Les lumières de la ville

A l'approche de Noël, Lille souhaitant s'habiller de lumières, a fait appel à des artistes de réputation internationale tels que Buren, François Morellet, Sarkis et Keiichi Tahara qui sur le thème du «merveilleux», ont réinventé par le biais d'installations lumineuses et éphémères les éléments du patrimoine de la ville ancienne et moderne. (Cercle lumineux de Buren, A la place des Bleuets de Morellet, Ici la nuit est immense de Sarkis)

Avec Portail de lumière, le Japonais Tahara développe d'une matière extrêmement poétique et subtile, l'idée du passage entre la réalité et le monde du rêve et de la féerie à l'aide de faisceaux lumineux multicolores, de rayons et d'arcs-en-ciel.

Lille a également commandé des «Microfolies» qui regroupent des miniatures étonnantes, des interventions artistiques transcendant le paysage urbain qui affolent les sens comme «Les cages natures» de Vincent Dupont-Rougier, «L'estaminet dînette» de François Azambourg ou l'étonnante «Microfolie Coupole» de l'Australien Jeffrey Shaw. Mais avant de quitter Lille et sa région, le visiteur est invité à découvrir les «Nouveaux Jacquemarts» qui comme leurs ancêtres, martèlent d'une manière ou d'une autre, le temps de leurs mouvements perpétuels. Certains sont des robots, des monstres turbulents, ou un immense jacquemart de lumière comme la tour Lilleurope éclairée par 1880 néons.

Les maisons Folie

Les douze maisons Folie réparties sur toute la région Nord-Pas-de-Calais sont des bâtiments industriels ou religieux désaffectés: filature et brasserie à Lille, anciennes usines à Roubaix et à Lille, couvent à Tourcoing, ferme à Villeneuved'Ascq, fort à Mons, séminaire à Tournai, ancien béguinage à Maubeuge, etc. Ces lieux phares du projet culturel Lille 2004 Capitale Européenne de la Culture sont emblématiques de l'activité du quartier dans lequel ils se situent et se placent au départ d'un projet culturel, artistique et urbain.

Ces maisons Folie vont être réhabilitées en les transformant en lieux de convivialité, de rencontres capables d'accueillir des formes artistiques contemporaines les plus variées. Ces Maisons Folie vont se mettre en place dès le mois de mars 2004, dans une perspective de pérennité car il s'agira de poursuivre la diffusion de pratiques artistiques et culturelles.

Les expositions

Deux expositions sont très attendues dans la région, d'une part celle organisée autour de l''uvre de «Rubens» au Palais des Beaux-Arts de Lille, dès le 6 mars prochain et celle concernant «Les fêtes galantes» de Watteau présentée quant à elle, au Musée des Beaux-Arts de Valenciennes à partir du 6 mars.

Deuxième musée de France après le Louvre, le musée des Beaux-Arts de Lille expose sur quelque 22 000 m2 peintures, dessins, sculptures, faïences de l'antiquité au XXe siècle. Grâce à Watteau, qui en rassemble les premières pièces, dont la Descente du Christ de Rubens, le musée est créé dès 1801 par Bonaparte, se dotant au fil des années d''uvres exceptionnelles. L'exposition s'organisera autour des acquisitions du musées dont la Sainte Marie-Madeleine en extase et le Martyr de Sainte Catherine peints par Rubens en 1615 et 1619. Cette exposition présentera des peintures, dessins et une série de tapisseries exposées en regard des esquisses à l'huile du maître. Elle s'articulera autour des débuts de Rubens et ses premiers voyages en Italie, et présentera des peintures d'histoire, tableaux mythologiques, paysages et portraits commandés par la bourgeoisie flamande (du 6 mars au 3 septembre).

Simultanément, trois autres expositions organisées autour de Rubens se tiendront dans la région: 
«On a choisi Rubens» au Palais Rameau à Lille, du 6 mars au 7 mai.
«Rubens contre Poussin» au Musée des Beaux-arts d'Arras, du 6 mars au 13 juin.
«Rubens, collectionneur» au Rubenshuis, Anvers, du 6 mars au 13 juin.

L'exposition Watteau à Valenciennes, ville natale de l'artiste présentera un ensemble prestigieux de tableaux et dessins évoquant les «fêtes galantes» et les sources auxquelles il a puisé, la Renaissance italienne et Venise, l'école flamande et Rubens.

La programmation superlative de Lille 2004 Capitale Européenne de la Culture, outre tout ce qui précède, prévoit d'autres expositions (Flower Power, Du Côté de chez', Voitures du futur, etc), de nombreuses autres manifestations, des spectacles de rue, du cirque, des spectacles pour enfants, de nombreux concerts de plein air ou en salle, classique, de jazz, musiques du monde, du théâtre, de la danse, de l'opéra.
 

Informations: Lille 2004, Capitale Européenne de la Culture
105 centre Euralille
F-59777 Euralille
www.lille2004.com

© 2006 - Paradise Communication - 1009 Pully (Suisse) - email: info@paradisecommunication.ch