Textes et photos: Pierre-André Grognuz & Jérôme Bovay
Probablement fondée par les Phéniciens en 1200 avant J.-C., conquise par les Grecs et les Cartaginois, romaine au IIè siècle avant J.-C., en mains barbares jusqu’en 714, puis pendant quatre siècle sous la domination arabe, Lisbonne redevient chrétienne en 1147 lors de la deuxième croisade, menée par le roi Alphonse Henriques. Capitale du royaume du Portugal dès 1255 en lieu et place de Coimbra, elle devient après l’ère des grandes découvertes l’une des villes les plus prospères d’Europe. L’or en provenance du Brésil est à l’origine de la construction de nombreux palais, résidences et édifices fastueux.
Article paru en Juillet 2005
Le 1er novembre 1755, un tremblement de terre, suivi d’une vague déferlante et d’un incendie, détruit une grande partie de la ville; indemne, le roi Joseph 1er confie les travaux de reconstruction à son ministre Sebastião de Carvalho e Melo, le futur marquis de Pombal; homme imprégné de l’esprit des Lumières, il réorganise la ville basse de façon particulièrement moderne et révolutionnaire, réalisant ainsi le plus grand aménagement urbain de l’époque; c’est la Baixa actuelle, aux avenues perpendiculaires.
Dans le Portugal resté neutre pendant la Seconde Guerre mondiale, Lisbonne constitue un abri et un port d’embarquement vers l’Afrique et vers l’Amérique pour les réfugiés de toute l’Europe. Nouveau coup du sort pour la ville lorsqu’un nouvel incendie détruit en 1988 une partie du quartier historique du Chiado.
Toutefois, l’accueil en 1998 de la dernière Exposition Universelle du XXe siècle a permis d’accélérer les travaux de rénovation de la ville, les plus importants entrepris depuis le marquis de Pombal: extension du réseau de métro, construction de la gare de l’Orient, réhabilitation totale de certains quartiers, tels les anciens docks d’Alcantara, et enfin la construction du pont Vasco de Gama, l’un des plus grands du monde. Par ailleurs, grâce à cette manifestation centrée autour des rapports entre l’homme et la mer, dans le cadre de « l’année internationale des océans» décrétée par l’Unesco, les autorités portugaises ont réussi à valoriser le patrimoine culturel de la ville et, au-delà, montrer les progrès accomplis par ce pays désormais prêt à affronter les grands défis européens de ce début de XXIe siècle.
Réouverture de l’Eglise des Carmes
Première étape dans la redécouverte de la ville, l’Eglise des Carmes, située sur les contreforts du Chiado. Fermée des années durant pour restauration, elle est le souvenir le plus émouvant du tremblement de terre de 1755.
Autrefois l’église la plus riche et vénérée de Lisbonne, elle donne aujourd’hui l’aspect d’un squelette de pierre se desséchant au soleil, impression encore accentuée par le blanc éblouissant de ses arcs de pierre en ruines.
Cependant, ces vestiges ne sont nullement sinistres; Le parterre de pierre a laissé la plaçe à un parterre de gazon et de fleurs; Le regard passe à travers fenêtres et arcs ogivaux et se perd dans l’azur du ciel.
Le cloître du Monastère des Hiéronymites enfin restauré
En 1497, Vasco de Gama appareillait pour les Indes. Cinq ans plus tard, le roi Manuel 1er entreprenait à Belem la construction d’un monastère voué aux moines de Saint-Jérôme en récompense pour la bonne fortune que ces derniers prévoyaient pour le Portugal. Cette attente fut vite récompensée; Vasco de Gama revenu des Indes, un afflux de richesses profita aussi rapidement que durablement à Lisbonne; les architectes purent ainsi se lancer dans une réalisation de plus grande envergure.
Ainsi, dans un premier temps prévu par l’architecte français Boytac dans un style exclusivement gothique, le monastère fut peu à peu orné par les architectes successifs, dont l’espagnol João de Castilho, de tout l’appareil ornemental manuelin, art qui glorifiait les grandes découvertes et dont il est aujourd’hui considéré comme la pièce maîtresse; contrairement à l’église des Carmes, le monastère résista au tremblement de terre de 1755 et fut classé au patrimoine mondial de l’Unesco en 1983. L’année dernière s’est achevée la restauration de son cloître, considéré par beaucoup comme étant le plus beau du monde.
Composé de deux étages, il forme un carré de 55 mètres de côté. Comme à l’intérieur de l’église, des lignes partent du sommet des colonnes ornées, s’épanouissant dans la voûte, telles des feuilles de palmier et se rejoignant par des rosaces. Depuis le jardin central, duquel s’élève une fontaine ornée d’un lion de pierre, l’effet de dentelles créé par les colonnes, les pinacles et les autres décorations est tout simplement magique.
Son aspect sérieux et solennel est mêlé à une touche de fragilité, créée par la finesse des colonnettes qui soutiennent les remplages des arcades. La pierre, jusque là devenue tout au long des siècles terne et grisâtre a recouvré, grâce à cette extraordinaire restauration, une couleur beige clair d’une étonnante chaleur et d’une douceur que le soleil de la fin d’après-midi rehausse encore.
Le Parc des Nations
Si presque toutes les villes qui ont accueilli une manifestation ou une exposition d’ampleur planétaire s’arrachent les cheveux, une fois la cérémonie de clôture achevée, en tentant de redonner un souffle à leurs lieux d’exposition, force est de constater que Lisbonne n’a pas vécu ces tracas bien longtemps et a parfaitement bien réussi la reconversion de son site. En effet, le site qui a accueilli l’exposition universelle en 1998 est aujourd’hui un des buts de promenade et de détente préférés des Lisboètes et regorge de bars, de restaurants et de lieux de spectacles; Agréablement situé au bord du Tage, face au nouvel et magnifique pont Vasco de Gama, dont les 18km enjambent la baie, ce quartier, bien que situé en périphérie de la ville, reste animé jusqu’à très tard dans la nuit.
La magnifique gare de l’Orient, oeuvre du célèbre architecte espagnol Calatrava en est la principale voie d’accès; remarquable d’audace et de pureté, la structure de son toit évoque une palmeraie faite de verre et d’acier; la gare est directement liée au nouveau poumon du quartier, le centre commercial Vasco de Gama, concurrent récent des deux autres Mecque du commerce lisboète, les centres Amoreiras et Colombo.
Thème principal de l’exposition de 1998, l’eau reste encore aujourd’hui l’élément essentiel du quartier, dont les nombreuses fontaines et jeux d’eaux animent les allées de leurs clapotis, glouglous, vagues artificielles et éruptions soudaines et aspergeantes. Le seul pavillon qui ait gardé sa vocation originelle est d’ailleurs l’aquarium de Lisbonne, dont le 15’000 animaux marins constituent le plus grand aquarium d’Europe.
Escapade à Sintra
Avec ses jardins et ses châteaux qui, tout au long des siècles, enchantèrent les rois et inspirèrent poètes, peintres et autres artistes, Sintra a toujours constitué un but de voyage. A une petite heure en train de Lisbonne, la ville blottie entre forêt et collines offre un contraste saisissant avec la grande banlieue lisboète, arride, bétonnée et populeuse. Au sommet de la plus haute montagne qui domine Sintra se dresse le Palácio de Pena, extravagant, bizarre, orné d’arcatures, de coupoles, de pont-levis et de donjons; tous les styles s’y côtoient: gothique, manuélin, baroque, renaissance, maure. Edifié par un prince cousin de Louis II de Bavière une trentaine d’années avant les châteaux de Neuschwannstein et Linderhof, on raconte que ce palais aurait influencé le «roi fou» dans ses réalisations bavaroises... L’intérieur du palais est semblable à l’extérieur: un mélange hétéroclite de styles et d’époques, fondus ensemble de façon incohérente. Pourtant, un très grand charme émane de ce palais, principalement dû à la qualité et à la magnificence du mobilier et des décorations. Quant à sa situation, elle offre de splendides vues sur le parc floral et botanique de Pena, les ruines d’un château maure situé en contrebas et sur la plaine, de l’océan atlantique jusqu’au Tage et à Lisbonne.
En plein centre de la ville se dresse le Palais Royal, caractérisé par les deux énormes cheminées de ses cuisines. L’irrégularité de sa structure est due aux multiples adjonctions faites par les princes et roi qui s’y succédèrent. L’époustouflante décoration d’azulejos de la salle des Arabes et le plafond en caissons de bois peint de la salle des armoiries méritent à elles seules sa visite.
Outre de nombreuses boutiques d’artisans, Sintra abrite par ailleurs un centre international de la culture visant à promouvoir les artistes locaux et dont on admire dans une véritable galerie en plein air une vingtaine d’oeuvres tout au long de la route qui mène de la ville à la gare.