Ses traboules, ses murs peints, ses musées, sa Biennale d'Art Contemporain et sa Fête des Lumières
par Jérôme bovay et
Pierre-André Grognuz
Dans notre premier supplément européen en septembre 2003, nous vous avions déjà présenté Lyon, la «ville d’à côté» aux 150 murs peints et aux 300 traboules. L’actualité culturelle particulièrement riche en cette fin d’année, nous a incités à vous proposer une nouvelle présentation de cette ville, si riche en art et en histoire, classée au Patrimoine mondial par l’Unesco.
Article paru en novembre 2005
Dans les événements à ne manquer sous aucun prétexte, nous commencerons par vous parler de la «Fête des lumières» qui se tiendra du 8 au 11 décembre. Cette tradition date de 1852; le vieux clocher carré de l’ancienne chapelle de Fourvière, démoli, avait été reconstruit et l’on avait décidé de le surmonter d’une statue de la vierge. C’est au sculpteur Fabisch, directeur de l’école des Beaux- Arts, que fut confié le soin de réaliser la statue. La date de l’installation avait été fixée au 8 septembre, Fête de la nativité mais l’œuvre ne fut pas prête à temps.
Le Cardinal de Bonald décida donc de reporter la cérémonie au 8 décembre, Fête de l’Immaculée Conception. Durant toute la journée la pluie tomba avec violence sur la ville à tel point que les autorités religieuse trouvèrent plus sage de reporter la fête nocturne. Mais, au début de la soirée, le ciel s’éclaircit et pour la première fois la population lyonnaise accomplit spontanément le geste qu’elle répète encore plus d’un siècle plus tard: elle aligna sur les bords des fenêtres et des balcons des milliers de luminions. A Fourvière, la manifestation d’un tel enthousiasme balaya les dernières hésitations et bientôt, clocher et statue resplendirent dans la nuit.
Depuis cinq ans, la ville a propulsé cet événement sur le devant de la scène internationale en créant la «Fête des lumières», durant laquelle des artistes-éclairagistes lyonnais et européens transforment la ville en une gigantesque fresque de couleurs.
Des scénarii spectaculaires projetés sur les façades des édifices principaux, aux petites formes artistiques implantées dans les traboules de la Croix-Rousse ou du Vieux-Lyon, c’est toute une ville qui vibre et près de trois millions de personnes qui se pressent dans les rues de la cité.
En cette fin d’année, profitez de votre présence à Lyon pour visiter deux musées: Tout d’abord le Musée Gallo-romain, qui se trouve à Fourvière, juste à côté du théâtre antique qui accueille chaque année durant l’été le festival «Les nuits de Fourvière». Ce musée, outre son imposante collection permanente, notamment très riche en mosaïques, présente jusqu’au 8 mai 2006 une exposition intitulée «Lugdunum, naissance d’une capitale», consacrée aux premières années de l’antique ville romaine de Lyon. Cette exposition est le fruit de plus de dix années de fouilles menées au-dessus des théâtres antiques de Fourvière et dont les résultats sont présentés pour la première fois au public.
Plus ludique, notre deuxième coup de coeur va au Musée International de la Miniature situé au cœur du Vieux-Lyon dans la célèbre «Maison des avocats».
La collection centrale du Musée s’intitule «Le Patrimoine lyonnais» et réunit les œuvres de Dan Ohlmann représentant les lieux les plus insolites et secrets de la «Capitale des Gaules». Parmi eux: la Brasserie Georges, Un atelier de Canut, la grande salle de danse de l’Opéra ou encore la réserve d’eau souterraine de Caluire. Une deuxième partie intitulée «Trésors d’Artistes» présente des miniatures de tous les pays et de toutes techniques confondues, plasticiennes, contemporaines, personnelles et même animées. Jusqu’au 15 avril 2006 vous pourrez également admirer les œuvres du Breton Ronan-Jim Sévellec. Des «Constructions miniaturisées» qui content l’univers poétique et énigmatique de l’artiste et qui surprendront les spectateurs. Pour finir, au 3ème étage, place à l’interactivité lors de la visite des ateliers de constructions des miniatures. Ce musée vous fera à coup sûr retrouver votre âme d’enfant et vous en ressortirez les yeux tout émerveillés.
EXPÉRIENCE DE LA D U R É E
Le temps dans l’œuvre
De l’instantané photographique au montage cinémato-graphique, de la lenteur de la peinture à l’exacte précision de l’informatique en passant par la simultanéité offerte par la rapidité des nouveaux médias, la Biennale d’Art Contemporain de Lyon nous propose pour sa huitième édition une réflexion autour du thème de la temporalité dans l’art, elle-même divisible en trois orientations: La durée de vie d’une œuvre, sa manière de décrire et de mettre en forme les notions de temps et de durée et enfin le temps du point de vue du spectateur dans l’appréhension de l’œuvre en elle-même.
La notion de temporalité est d’ailleurs depuis bien longtemps l’un des thèmes de prédilection des artistes, toujours à la recherche de nouvelles formes et de nouveaux moyens pour conceptualiser cette dimension.
Cette année, ils sont soixante-et-un à investir les cinq sites de la Biennale: la Sucrière, ancien entrepôt au confluent du Rhône et de la Saône, et lieu-phare de la manifestation; le Musée d’Art Contemporain, à la Cité internationale, l’Institut d’Art Contemporain de Villeurbanne, le Rectangle, centre d’art sur la Place Bellecour et, pour cette édition seulement, le Fort Saint-Jean, surplombant la Saône. Au total plus de 12’000 m2 dédiés à la présentation de soixante œuvres, dont vingt-cinq ont été spécialement conçues pour la Biennale; cela peu sembler bien peu au premier abord, mais il faut noter que la plupart des œuvres présentées sont de véritables installations, dont certaines très vastes. Les 3’000 m2 du Musée d’Art Contemporain n'est réservés qu’à trois artistes.
Daniel Buren (Jardins du Palais-Royal à Paris, Place des Terreaux à Lyon), monopolise à lui seul un étage du Musée pour son œuvre intitulée «Le temps d’une œuvre», dont la destruction programmée, régulière et quotidienne conduit inexorablement à sa disparition complète le soir de la clôture de l’exposition. Cette œuvre reste décevante, un rien opportuniste, et bien pâle vis-à-vis de sa dernière exposition à Beaubourg.
Hormis le fil rouge temporel, les œuvres présentées ne cohabitent pas, mais indépendamment les unes des autres, proposent au spectateur, tout au long de ses déambulations, un parcours lisible où chaque œuvre acquiert sa temporalité propre en rapport avec sa forme ou son format: de la peinture à la vidéo et au cinéma avec notamment le film de Jun NguyenHatsushiba: douze minutes captivantes de beauté à suivre le ballet aquatique et sous-marin d’un dragon; puis l’étonnante installation de l’artiste d’origine lyonnaise Melik Ohanian, 7 Minutes before. Simple et sophistiquée, elle présente sept séquences de vingt minutes projetées simultanément sur sept écrans et liées entre elles par un même événement final, sans jamais se croiser dans le même axe. L’œil et le cerveau procèdent alors à un montage subjectif. L’effet est tout simplement sidérant. Yoko Ono quant à elle se joue du temps et étire sur plus de deux heures un sourire de John Lennon, n’ayant dans sa dimension temporelle originelle à peine duré plus de deux secondes. Tout aussi étonnant, le film d’animation signé Paul Cham, à Villeurbanne, projeté sur les deux côtés d’un écran, avec deux angles de vues opposés.
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Franz Ackermann Saâdane Afif Jennifer Allora Kader Attia Virginie Barré John Bock Daniel Buren Sophie Calle Guillermo Calzadilla Paul Chan Tony Conrad Martin Creed Robert Crumb Verne Dawson Wim Delvoye Erik Dietman Olafur Eliasson Brian Eno Vidya Gastaldon Kendell Geers General Idea Henrik Håkansson Carsten Höller Douglas Huebler Pierre Huyghe Ann Veronica Janssens Surasi Kusolwong Jim Lambie Michael Lin Robert Malaval Tom Marioni Gordon Matta-Clark Josephine Meckseper Jonas Mekas John Miller Valérie Mréjen Dave Muller Rivane Neuenschwander Jun Nguyen Melik Ohanian Yoko Ono Philippe Parreno Bruno Peinado Terry Riley Dieter Roth Allen Ruppersberg Santiago Sierra Philip Taaffe Pascale Marthine Tayou Agnès Thurnauer Rirkrit Tiravanija John Tremblay Spencer Tunick James Turrell Piotr Uklanski Fabien Verschaere Wang Du Andy Warhol Erwin Wurm La Monte Young Marian Zazeela
Si certaines œuvres conceptualisent le temps de manière relativement classique ou théorique, comme par exemple les peintures de Tremblay, de nombreuses installations le font d’une manière très simple et souvent très ludique (une jungle de ballons roses qu’il faut traverser, par Martin Creed, une pièce envahie par un brouillard vert incroyablement dense où vous perdez immédiatement tout repère spatio-temporel, par Ann Veronica Janssens). Les personnes plus réceptives aux sons et la musique vibreront aux basses fréquences de la Dream House, la «maison à rêver» imaginée par La Monte Young, planeront aux accords aléatoires des guitares de Saâdane Afif ou dans l’installation signée Brian Eno, sorte d’économiseur d’écran en taille réelle, aux bleus tout «bob-wilsonniens». James Turrell, dont l’illumination du Pont du Gard fascine depuis des années, propose à l’Institut de
minutes; plongé dans le noir absolu d’une pièce carrée, l’esprit oscille entre des visions irréelles qu’il projette lui-même et l’apparition graduelle de quelque chose de bien réel. Nous n’en dirons pas plus, mais vous conseillons, à votre arrivée à l’Institut, de réserver votre tour, cette installation ne pouvant être visitée que par quatre personnes simltanément.
Les découvertes, impliquant très souvent une participation active du spectateur sont en vérité très variées, et donnent à l’ensemble un aspect certes complexe, mais toujours accessible. Nous vous conseillons d’effectuer la visite sur deux jours au moins. Rappelons enfin que la Biennale de Lyon est l’un des éléments d’un réseau de six centres d’arts contemporains en Europe, dont la Palais de Tokyo à Paris, le Tramway de Glasgow et le Musée Migros à Zürich.
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• Jusqu’au 31 décembre du mardi au dimanche, de 12h à 19h. Nocturne le vendredi jusqu’à 22h, sauf Fort Saint-Jean.
• Prix: €10. Le billet d’entrée vous donne accès une fois aux 5 lieux d’exposition pendant toute la durée de la Biennale.
• Lieux d’exposition: La Sucrière, Quai Rambaud Le Musée d’Art Contemporain, à la Cité Internationale L’Institut d’Art Contemporain de Villeurbanne, 11 rue du Dr Dolard Le Fort Saint-Jean, rue de la Poudrière Le Rectangle, Place Bellecour.
• Le samedi et le dimanche, des navettes fluviales relient une fois par heure la Sucrière au Musée d’Art Contemporain, avec halte à la hauteur de la Place Bellecour. Pour la sucrière, tram 1 jusqu’au terminus «Montrochet», ensuite 5 minutes à pied, ou navette bus.
Pour le Musée, trolleybus 4, arrêt «Cité Internationale». Pour l’Institut, trolleybus 1, arrêt «Cité, Nouveau Musée»
• Ordre conseillé: Rectangle > Sucrière > Musée > Institut > Fort
• Compter absolument 2 jours. L’institut est trop souvent omis par bon nombre de visiteurs.
• Renseignements: +33 4 72 07 41 41 - www.biennale-de-lyon.org