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Malte et Majorqueou l'art de vivre entre ciel et merVoyage en eaux claires
Comme de nombreuses îles de la Méditerranée, Malte et Majorque ont attiré tout au long des siècles de nombreux conquérants qui imposèrent leur culture et imprimèrent leur passage en lettres de pierre. Les premiers millénaires furent marqués dans les deux îles par d'étonnantes constructions monumentales qui à Majorque s'illustrèrent vers 1200 av. J.C. par de grandes structures en pierre dont la finalité est toujours inconnue. Tout comme la trentaine de temples cyclopéens érigés à Malte et à Gozo il y a plusieurs millénaires, pour des raisons aussi mystérieuses. Si Malte vers le IXe siècle av. J.C. devint comptoir phénicien et ce jusqu'à l'arrivée des Romains en 218 av. J.C, Majorque, sans doute trop éloignée des routes commerciales de la Méditerranée ne fut investie par les Romains qu'en 123 av. J. C., puis hélas par les Vandales qui ne laisseront guère d'édifices debout. Dès le IXe siècle Malte comme Majorque après les premiers temps difficiles de la conquête arabe, s'adaptèrent à cette nouvelle culture qui marqua profondément les deux îles. Palma se couvrira de terrasses et deviendra « la ville des mille jardins ». Malgré les quatre cent trente six années de domination arabe, Majorque conserve très peu de vestiges architecturaux de cette époque. Outre la langue arabe toujours pratiquée dans l'archipel, Malte ne garda des deux siècles d'occupation qu'une certaine façon de bâtir. Les maisons et les fermes des villages parsemant les paysages maltais en témoignent encore. Viennent ensuite les Chrétiens qui pour célébrer leur culte aménagent grottes et catacombes. Alors que Majorque devient un royaume, Malte tombe sous la domination de la Sicile et de Naples, puis est offerte par Charles Quint aux Chevaliers de l'Ordre des Hospitaliers. A cette époque les pirates menacent les îles et les côtes de la Méditerranée. Malte et Majorque se dotent alors de nombreuses tours de guet qui n'empêchent cependant pas les innombrables attaques et l'enlèvement de leurs populations qui sont vendues comme esclaves. Les Majorquins se firent à leur tour corsaires pour se débarrasser des pirates! Les Maltais quant à eux, à l'issue d'un long siège, bâtirent La Valette en quatre ans. Les Français et les Anglais qui occupèrent l'île ensuite ne signèrent pas leur passage par une originalité architecturale particulière. Aujourd'hui Malte et Majorque, malgré un afflux touristique important, offrent le visage d'une nature encore préservée, de paysages intacts, de villages authentiques, de villes en partie épargnées par la folie des promoteurs.
Article paru en Mai 2004 |
Malte, joyau de pierre «Sur cette douce patrie, la mère qui nous a donné son nom,Veille, ô Seigneur, comme tu l'as toujours fait. Souviens-Toi que Tu l'as habillée de la lumière la plus douce». Ces paroles de sagesse extraites de l'hymne maltais dû au poète Dun Karm' Psaila donnent une idée de la foi profonde des habitants de l'archipel qui comme un vaisseau de pierre a jadis jeté l'ancre au c'ur de la Méditerranée entre la Sicile et la Tunisie. Dès le premier regard, le visiteur est séduit par l'étrange symphonie de couleurs qui se joue si harmonieusement depuis la nuit des temps. Les ocres dorés de la pierre calcaire des falaises et des collines qui servit il y a 6000 ans à édifier les temples mégalithiques et plus tard à bâtir les villes de Malte et de Gozo, jouent en permanence avec la riche palette des bleus du ciel et de la mer tantôt saphir, turquoise ou irisée sur laquelle se balancent les barques de pêcheurs aux couleurs vives. L'heure la plus belle pour apprécier cette symphonie de couleurs est celle, très fugace durant laquelle les rais dorés du soleil couchant rasant la mer devenue du bronze liquide, embrase le miel des façades des riches demeures aux moucharabiehs de bois peint, enflamme les coupoles des églises de La Valette et incendie les nues légères dans un ultime sursaut. Temps suspendu dans l'attente. Instant d'éternité habité par la lutte entre la lumière et l'ombre qui victorieuse chaque soir, finit par engloutir la ville dans le néant de la nuit. Les Chevaliers de l'Ordre de Saint-Jean de Jérusalem
Quatre ans. Il n'aura fallu que quatre années aux bâtisseurs du milieu du XVIe siècle pour édifier La Valette qui, sur son pignon rocheux dominant des eaux de cobalt, étonne et ravit par l'harmonie de son architecture, par la qualité de la pierre dorée de ses édifices, et la douce folie de ses rues dévalant jusqu'à la mer. Aujourd'hui la capitale de Malte qui fut durant deux siècles la capitale de l'Ordre, déroule paisiblement la géométrie de ses rues perpendiculaires à l'abri de ses puissantes murailles bâties jadis pour se protéger des assaillants, principalement des Turcs venant de la mer. Sur la presqu'île de Sceberras jugée par les ingénieurs militaires de l'époque comme imprenable, près de huit mille hommes travaillèrent à la construction de la ville imaginée par le quarante-huitième Grand Maître français Jean Parisot de La Valette. L'Ordre s'était tout d'abord installé sur l'une des trois presqu'îles situées en face de La Valette, et y avait bâti Birgu devenu Vittoriosa après le «Long siège». Cette ravissante petite ville fortifiée abandonnée par les Chevaliers pour La Valette, forme avec Cospicua et Senglea, les Trois Cités dont on peut admirer les belles murailles dorées et les clochers depuis le Grand Port de la capitale. Se promener dans les ruelles étroites et calmes de Vittoriosa est un ravissement car les trottoirs et les chaussées sont encombrés de plantes grasses et de cactus et les portes entrouvertes des maisons laissent apercevoir de délicieuses cours intérieures. Les Maltais affirment que dans leurs îles il n'y a pas de voleurs, les habitants des Trois Cités le prouvent en laissant la clef sur leur porte! La Valette, capitale de l'Ordre Lors d'une balade dans cette ville ennemie «numéro 1» des cyclistes et des rollers, le promeneur est étonné par le grand nombre de bastions et de forts, d'églises et de chapelles, autant d'édifices symbolisant la double fonction de ce puissant ordre religieux militaire car les Chevaliers, outre leur service hospitalier, devaient défendre par les armes, les Chrétiens contre les infidèles. Quelques couvents ou «auberges» (sièges de chaque Langue de l'Ordre) où les Chevaliers étaient tenus de résider ponctuellement, subsistent encore, la plupart transformés en bureaux ou en musées, tout comme les très élégants palais aux façades de pierre blonde que cette aristocratie se fit bâtir et qui abritent dorénavant musées ou ministères.
Le visiteur ne manquera pas la magnifique bibliothèque nationale datant de la fin du XVIIIe siècle à laquelle Louis XVI offrit un exemplaire de tous les livres imprimés en France, ni la cocathédrale Saint-Jean qui cache derrière la sobriété de sa façade des richesses inestimables comme son pavement constitué des pierres tombales de marbre des Grands Maîtres, et encore moins la Sacra Infermeria bâtie dès le milieu du XVIe siècle par les Chevaliers, devenu l'un des hôpitaux les plus à la pointe de son temps, aujourd'hui transformé en Centre Européen de conférences. La grande salle qui pouvait accueillir six cents malades, étonnera par ses dimensions exceptionnelles pour l'époque (153 mètres de long sur 11 mètres de large et 9,5 mètres de haut) et par son magnifique plafond de poutres apparentes. Malte et la musique Puis au hasard des rues, le promeneur sera surpris de découvrir derrière une façade sans intérêt particulier, le ravissant Théâtre Manoël bâti «pour l'honnête divertissement du peuple» par le Grand Maître Antonio Manoël de Vilhena. Inauguré en 1732 avec Mérope, la tragédie de Scipione Maffei interprétée par les Chevaliers eux-mêmes, ce petit théâtre qui passa de gloire à oubli, magnifiquement restauré en 1960, est devenu aujourd'hui le Théâtre National de Malte avec une saison théâtrale se déroulant d'octobre à juin. Le charme XVIIIe de la salle rehaussée par l'éclat des ors de son plafond et la délicatesse des peintures de ses loges, s'ajoutant aux améliorations techniques apportées à la scène, aux coulisses et de la fosse, en font un théâtre de tout premier ordre ayant accueilli des célébrités internationales. C'est d'ailleurs sur cette scène historique que se déroule chaque printemps un Festival d'Opéra qui proposait cette année, du 15 au 20 mars dernier, L'Amico Fritz de Mascagni et Le Nozze di Figaro de Mozart auxquels s'ajoutait un concert d'airs d'opéra et un festival «Fringe».
Ceci ne saurait faire oublier qu'en chaque Maltais sommeille un musicien. Chaque village possède donc sa clique ou sa fanfare toujours prête à défiler pour les carnavals, les commémorations, les festa et les fêtes religieuses. La joie, le bruit et la dévotion culminent lors de la semaine sainte durant laquelle la population très pieuse promène sur des palanquins, les statues des saints sorties des églises. Les temples Une petite incursion au c'ur de l'île de Malte et de Gozo permet au printemps, de découvrir des paysages remarquables de collines fleuries descendant vers la mer jusqu'à des petites criques de rochers contre lesquels les vagues se déchirent. L'eau turquoise griffée d'écume cache des grottes profondes. C'est paraît-il le paradis des plongeurs. Ce fut également celui d'Ulysse qui durant sept années y oublia Pénélope dans les bras de Capypso. Laissant de côté les très belles villes de Mdina, l'ancienne capitale de Malte et Victoria fleuron architectural de Gozo embellies par les Chevaliers, le visiteur s'attardera sur les ruines énigmatiques des temples mégalithiques qui par dizaines ont été construits sur les deux îles il y a environ 6000 ans. Le mystère reste entier face à ces énormes pierres dressées mille ans avant celles de Stonehenge en Angleterre. Rien ne permet actuellement d'expliquer les raisons de ces immenses constructions de blocs de pierre assemblés et sculptés sans outil métallique qui témoignent d'une impressionnante volonté architecturale et résultent d'un travail surhumain programmé sur des siècles. L'étonnant Hypogée de Hal Safflieni, le temple de Ggantija (Gozo) et celui de Hagar Qim (Malte) dominant la mer de ses puissants murs construits avant les pyramides déconcertent par leurs proportions, leurs autels délicats, leurs portes percées dans la pierre et interpellent l'imagination de nos contemporains. Cette étonnante civilisation venue de nul part a disparu mystérieusement il y a 4000 ans. Les trésors lapidaires du Musée d'archéologie de La Valette avec ses sculptures exceptionnelles (têtes de déesses, déesse de la Fertilité, Vénus de Malte, l'étonnante déesse endormie) et ses pierres sculptées représentant spirales et motifs floraux témoignent du raffinement de ces bâtisseurs qui ne connaissaient que le silex et l'obsidienne verte. Au petit matin, lorsque le soleil sort lentement de la mer et que ses premiers rayons enflamment la pierre dorée de ces édifices cyclopéens, le spectateur est saisi par l'étonnante puissance mystique qui auréole ces lieux et semble lui révéler, l'espace d'un instant, tous les secrets du monde.
Petite promenade au c'ur de la Serra Tramuntana Le temps était clément et le ciel légèrement enrubanné de nuages fins comme de la gaze, lorsque le petit train historique en bois quitta Palma pour rejoindre au Nord de l'ìle, le charmant port de Sòller bâti au fond d'une baie creusée dans les montagnes. Ce petit train vieux d'un siècle, électrifié dans les années 30, permet d'admirer des sites magnifiques s'escamotant au passage des tunnels. Les paysages parcourus sont d'une surprenante beauté, les vergers plantés d'amandiers et de néfliers, succédant aux oliveraies dont les arbres plus que centenaires se tordent et se contorsionnent dans des attitudes humaines. Certains sont sculptés comme de gracieux corps de femmes ou des animaux fantastiques, sortes de chimères terrassées par des lances invisibles, pachydermes aux lourdes pattes crevassées. La lumière du matin glisse sur le vert tendre de l'herbe printanière et enflamme les ocres des pierres et les rouges de la terre retournée. Au détour d'une courbe, apparaît solitaire, veillant sur ce paradis végétal, une belle demeure de pierre. rabougrie servent de toile de fond à ce décor exceptionnel. L'entrée dans Sòller est saluée par une double haie d'orangers et de citronniers dont les branches croulent sous le poids des fruits mûrs qui donnent un jus si parfumé. Pour se rendre ensuite à Valldemossa, on doit quitter la baie de Sòller atteinte grâce à un vieux tram brinquebalant, et suivre une très belle route offrant des points de vue exceptionnels sur la côte découpée, la mer azurée et les montagnes de la Serra Tramuntana. Une halte dans le charmant village de Deià aux maisons de pierres sèches s'impose car le petit cimetière qui le domine, abrite au milieu des pins et des cyprès, les restes du grand poète britannique Robert Graves. De ce promontoire le regard glisse sur le moutonnement verdoyant et les déchirures ocres des montagnes qui dégringolent jusque dans le lapis-lazuli de la mer. George Sand et Frédéric Chopin a la Chartreuse Valldemossa Bientôt le ciel s'endeuille et le clocher aux azulejos verts de la Chatreuse de Valldemossa disparaît sous une pluie diluvienne, la même sans doute qui tomba sans discontinuer durant le séjour hivernal (15 décembre 1838 ' 11 février 1839) de Georges Sand et de Chopin. En pénétrant dans cette chartreuse désaffectée et vidée de ses moines dès 1835, le visiteur est saisi par la tristesse des lieux engloutis dans une ombre épaisse et humide.
Nous avons de nombreux renseignements concernant leur séjour majorquin grâce à la correspondance de Chopin et au roman «Spiridion» que George Sand achevait d'écrire, sans parler de son «Histoire de ma vie» dans laquelle elle relate quelques souvenirs et bien sûr de son roman «Un Hiver à Majorque» qui fut publié en 1842 à Paris, sans oublier les précieux dessins de son fils Maurice Sand. C'est d'ailleurs pour le soigner, que ce voyage fut entrepris, et s'il a ravi l'écrivain et ses enfants malgré le mauvais accueil des habitants, le vilain temps et leurs difficultés matérielles, il fut très pénible pour le pianiste polonais dont le mal empira. «C'est la verte Helvétie sous le soleil de la Calabre, avec la solennité et le silence de l'Orient» écrivait-elle. Le cloître de la Chartreuse de Valldemossa accueille depuis 1930 grâce à Joan Maria Thomas, un festival de piano dévolu à l''uvre de Chopin. Interrompu durant la guerre civile, il accueille dorénavant tous les dimanches du mois d'août, et ce depuis 1960, les plus grands interprètes pour exécuter des programmes pianistiques bâtis autour de l'Oeuvre de Chopin.
Un autre visage de Majorque Au célèbre Festival Chopin deValldemossa viennent se joindre d'autres festivals dont celui de jazz de Sa Pobla, le Festival de Verano de Pollença qui propose chaque été dans le magnifique cadre du cloître de Santo Domingo, des concerts de haut niveau interprétés par des artistes renommés.
Artistes et amateurs d'art ne manqueront pas la Fondation Pilar et Joan Mirò qui outre la collection d''uvres de Mirò, est un centre actif de diffusion artistique, ni le Pallau Solleric, la Fondation Barcelò et les nombreuses galeries qui s'intéressent principalement à la création contemporaine. Autant d'événements culturels qui remettent en cause l'image traditionnelle des Iles Baléares, paraissant jusqu'à présent exclusivement consacrées aux sports nautiques, à la fête et à la farniente sur les longues plages de sable blond écrasées de soleil. Aujourd'hui ces paradis climatiques tentent d'attirer d'autres types de visiteurs, ceux intéressés par des sujets pouvant aller de l'archéologie à la musique, de la gastronomie et de l''nologie au cyclotourisme qui s'est considérablement développé ces vingt dernières années, de la randonnée pédestre à l'agrotourisme ayant permis à de nombreux propriétaires ruraux de conserver leur domaine, du golf (12 terrains dont 10 ont 18 trous, sans oublier le célèbre Open des Baléares) à l'ornithologie pratiquée sur les vastes domaines protégés de la Serra Tramuntana. Ce n'est bien entendu pas un hasard si Les Baléares et plus particulièrement Majorque ont attiré depuis le XIXe siècle têtes couronnées et artistes, poètes, écrivains et peintres sans doute fascinés par ses étonnantes palettes de couleurs, l'éclat de sa lumière, l'authenticité de ses villages, la richesse architecturale de ses villes, la beauté minérale et puissante de ses paysages qui ne manquent d'ailleurs pas de séduire l''il exigeant des photographes. Et que dire de l'accueil légendaire des Majorquins '
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