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Vienne

ou le mariage réussi de la tradition de la modernité

par Kathereen Abhervé

Le visiteur qui choisit de partir à la découverte de l’ancienne capitale austro-hongroise, n’ignore sans doute pas qu’il va plonger dans un passé de près de huit siècles, s’immerger dans l’histoire d’une grande et puissante famille, celle des Hasbourg qui y régna de 1278 à 1918.

Il sait déjà qu’en pénétrant au cœur de cette ville, il va se retrouver dans un véritable livre d’histoire à ciel ouvert, mais parviendra-t-il à y lire l’ampleur des gigantesques travaux d’urbanisme ordonnés par l’empereur François-Joseph au milieu du XIXe siècle afin de moderniser et embellir la capitale ?

 

 

Article paru en Janvier 2005

 

En cheminant dans les quelque trente pièces des appartements impériaux du Palais de la Hofburg qui en compte plus deux mille six cents, saura-t-il retrouver la présence nostalgique de la belle impératrice immortalisée par le cinéma ?

Lorsqu’il pénétrera dans le magnifique Château de Schönbrunn encore attaché au visage délicat du fils de Napoléon qui s’y éteignit à vingt et un ans, se laissera-t-il envoûter par le charme confortable de cette demeure aux 1'441 pièces, où la grande Marie-Thérèse aimait à s’entourer de ses seize enfants princiers et de son époux, l’empereur François Etienne de Lorraine ?

En longeant la Praterstrasse, le passant se souviendra-t-il que la Vienne valsant sur la musique inspirée de Johann Strauss et de ses fils, vit naître Schubert, accueillit Beethoven et Mozart après sa rupture avec le Prince-Archevêque de Salzbourg ?

Notre visiteur blotti au fond de sa calèche, peut-il imaginer que les pavés résonnant sous les pas du cheval, ont jadis été foulé par Gustav Mahler, Zemlinsky et les trois Viennois Arnold Schoenberg, Alban Berg et Anton Webern qui révolutionnèrent les concepts musicaux et les lois ancestrales de l’harmonie ?

En admirant l’élégance des façades d’Otto Wagner, sait-il qu’elles illustrent la révolution architecturale de l’Art Nouveau ?

En se promenant au cœur de la capitale autrichienne d’apparence si tranquille, peut-il imaginer l’effervescence qui y régna dans les années 1900, et concevoir le bouillonnement sans précédent qui révolutionna les domaines de la peinture, de l’architecture, du design et de la psychanalyse ?

Enfin lorsque fatigué par tant d’émotions, tant de découvertes, tant de pas au cœur de l’histoire, notre visiteur poussera la porte d’un des nombreux cafés de la ville, saura-t-il que l’étonnant et délicieux breuvage qu’il boit est un « lointain présent des Turcs » ?

Alors qu’il dégustera une de ces savantes pâtisseries dont seule Vienne a le secret, il comprendra enfin que venir à Vienne c’est un peu comme arrêter le temps pour retrouver un âge d’or que l’Europe entière envie encore aux Viennois.

Devant une telle abondance de sujets, il choisira, selon le temps dont il dispose et en fonction de ses centres d’intérêts, ses propres chemins de découverte.

Les nôtres se conjugueront en lettres de pierre et en musique.

Une balade impromptue au cœur de Vienne, nous permettra d’en lire la longue histoire gravée dans la richesse de son patrimoine architectural : de la vieille ville aux constructions monumentales du Ring, des façades épurées d’Otto Wagner aux maisons animées et colorées de Hunterwasser, du MuseumQuartier à l’architecture futuriste de la Millenniumstower.

Notre promenade nous conduira ensuite sur les traces des compositeurs qui enrichirent la capitale de leur présence, de leur génie et dont certaines des œuvres qu’ils y composèrent sont aujourd’hui pieusement conservées à la Bibliothèque Nationale de la Hofburg. C’est au Cimetière Central où reposent nombre d’entre eux que s’achèvera notre flânerie.

Histoire et architecture

Le mariage de l’histoire et de l’architecture s’est rarement aussi bien illustré qu’à Vienne où chaque édifice est le miroir d’une époque, d’un règne, d’une mode, à commencer par le monumental Palais de la Hofburg bâti au centre de la capitale par des générations de souverains. Ce palais impérial, résidence favorite des Hasbourg est une véritable ville dans la ville qui s’est progressivement édifiée depuis la moitié du XIIIème siècle ; il résume à lui seul l’histoire de la capitale. Le résultat de ces apports successifs souhaités par les souverains soucieux d’agrandir et d’embellir leur résidence, offre un ensemble sans véritable homogénéité mais témoignant toutefois de la continuité émouvante de cette construction. La chapelle du château (Burgkapelle) date du XVème. Les Petits Chanteurs de Vienne s’y produisent tous les dimanches durant la messe. L’Amalienhof et la Stallburg furent édifiés au XVIème ; l’aile Léopold bâtie au XVIIème siècle est aujourd’hui occupée par le président de la république. Le XVIIIème siècle voit la construction de La Chancellerie impériale (Reichskanzleitrakt), du Manège d’hiver où se produit la célèbre « école espagnole » (Spanische Hofreitschule), de l’Albertina qui présente chaque année des expositions de grands maîtres et de la Bibliothèque Nationale. Cette bibliothèque baroque tout à fait exceptionnelle a été construite à la demande de l’empereur Charles VI, père de Marie-Thérèse et grand-père de Marie-Antoinette. Elle possède près de 6'000 000 de documents parmi eux la première collection de papyrus au monde et de précieux trésors comme la première bible de Gutenberg, des partitions d’une valeur inestimable y sont conservées dont près de 2'000 œuvres manuscrites comme la « Sonate pour violon et piano, opus 24 » de Beethoven, et l’original du « Requiem » que Mozart composa durant l’hiver 1791 - son ultime composition, peut-être la plus belle ! La construction de la Neue Burg édifiée dans le style de la Renaissance italienne entre la fin 1881 et peu avant 1914, clôturait l’histoire monumentale du palais. Elle abrite aujourd’hui diverses collections dont celle remarquable d’instruments de musique anciens.

Cet édifice imposant devant recevoir en pendant, une aile semblable qui ne fut jamais construite, s’inscrit dans l’aménagement du Ring ordonné par l’empereur François Joseph qui durant une trentaine d’années transforme la ville en un gigantesque chantier égalant les grands travaux du Baron Haussmann à Paris. De nombreux artistes et architectes de l’époque contribuèrent à la métamorphose de la ville dont les remparts médiévaux rasés servirent de base au Ring - large boulevard le long duquel s’élevèrent de nombreux édifices aux façades monumentales que le visiteur découvre à la faveur d’amples perspectives et de vastes jardins publics. Ainsi sortirent de terre l’imposant et étonnant hôtel de ville (Neues Rathaus) et l’église Votivkirsche de style néo-gothique, les deux édifices symétriques à coupole du Musée des beaux-arts et du Musée d’histoire naturelle, la Bourse, le Parlement de style grec, le ministère de la guerre néo-baroque, le Burgtheater et le Staatsoper construits quant à eux, dans le style officiel des bâtiments du Ring.

Avant cette période dite du ringstrassenstil ou l’art du pastiche, Vienne avait connu les belles heures du baroque grâce à des princes éclairés qui, après avoir éradiqué la peste et chassé définitivement les Turcs en septembre 1683, la métamorphosèrent et la couvrirent de palais, de vastes jardins et d’églises. Joseph 1er puis Charles VI firent alors appel à des architectes de génie comme Johann Berhard von Erlach et son fils Joseph Emmanuel pour édifier de magnifiques palais, le château de Schönbrunn qui devait devenir le Versailles autrichien, le Trautson, la fameuse bibliothèque de la Hofburg - devenue Bibliothèque Nationale - , ou à Johann-Lukas von Hildebrandt à qui l’on doit de magnifiques palais et l’église Saint-Pierre. C’est lui qui, à la demande du Prince Eugène de Savoie, victorieux du Grand Vizir Mustafa, a bâti les somptueux palais du Belvédère devenus depuis la Galerie autrichienne gardienne des œuvres de Klimt et de Schiele.

Charles VI grava son passage à la Hofburg en y faisant bâtir le Manège d’hiver abritant la fameuse Ecole d’équitation espagnole dont les « reprises » constituent un spectacle très recherché. C’est sous son règne que furent construites les magnifiques écuries, aujourd’hui transformées en un ensemble de musées tout à fait extraordinaire (MuseumQuartier), et la Karlskirsche qui devait rivaliser avec Saint-Pierre de Rome. Sa fille l’impératrice Marie-Thérèse, souhaitant établir sa résidence d’été au château de Schönbrunn, confia les travaux d’agrandissement et d’embellissement à l’architecte Nikolaus Pacasi qui y aménagea des appartements somptueux de style rococo, une grande galerie rivalisant avec la galerie des glaces de Versailles, et construisit un ravissant petit théâtre réservé aux divertissements de la famille impériale. Une orangerie, un jardin botanique et un parc zoologique - considéré comme l’un des plus anciens -, furent installés à la demande de l’époux de l’impératrice, François Etienne de Lorraine, dans le parc du château dont les 185 hectares plantés de 4'800 arbres sont aujourd’hui entretenus par une équipe de 72 jardiniers tenus de perpétrer les formes historiques des massifs de fleurs et des plates-bandes des jardins à la Française.

A cette époque, Vienne connaît un véritable âge d’or et il faudra attendre les années 1890, pour que des architectes tels que Adolf Loos, Josef Hoffmann, Max Fabiani révolutionnent le goût viennois en tentant de réconcilier l’art et la vie : la beauté de la fonction devant remplacer la décoration. Durant ces années de Sécession, les créateurs de l’Art Nouveau ou Jugendstill (peintres, designeurs, architectes) dont Otto Wagner est un des pionniers, se séparent de l’Académie. Il réaménage le canal du Danube, construit à Vienne des stations de métro, de nombreux immeubles d’habitation aux façades épurées, décorées de fleurs stylisées, dessine la très belle église de l’hôpital psychiatrique. Considérée comme une œuvre globale, cette église Art Nouveau où le « beau » et « l’utile » sont compatibles, est unique au monde. Il crée la gare de la Karlplatz, le Stadtbehn Pavillon, un escalier en majolique pour la Majolihaus et couvre de feuilles de laurier de fer forgé le dôme du Palais de la Sécession dessiné par Joseph-Maria Olbrich qui devint le Temple du Jugendstill. Les artistes du groupe dont la devise y est gravée en lettres d’or « A chaque temps son art, à l’art sa liberté », y exposèrent leurs œuvres. On peut y admirer la « Frise à Beethoven » que Klimt, le fondateur de ce mouvement réalisa en 1902.

Paradoxalement c’est au moment où l’empire austro-hongrois vit ses dernières années, que Vienne connaît une effervescence artistique et un bouillonnement créatif sans précédent nés du dualisme entre la tradition et l’avant-garde, parfaitement illustré par la peinture de Klimt culminant avec le « Baiser » proche de l’introspection de l’âme qui amènera Freud à l’origine de la psychanalyse.

Puis dans les années 20, les idées marxistes montent à l’assaut de l’architecture dont l’une des plus belles réalisations d’architecture sociale, le Karl-Marx-Hof est réalisée par Karl Ehn. Ces tentatives restèrent cependant sans lendemain et le champ de l’esthétique qui fut travaillé avec tant de succès par les artistes viennois au tournant du siècle, resta en jachère jusqu’à l’arrivée du peintre génial et provocateur Hundertwasser dans les années 80, à qui la municipalité de Vienne commanda une maison utopique. La « Hunterwasserhaus » inaugurée en 86, est un véritable village vertical conçu avec des jardins-terrasses, des façades joyeuses, mouvantes et colorées, agréables à contempler, semblant reprendre le projet sécessionniste d’embellissement dans tous les domaines de la vie. Cette maison étonnante dont la ligne du toit ondulée rappelle la Casa Mila de Gaudi est une sorte de sculpture vivante, belle comme un rêve et « correspond à la profonde et authentique nostalgie des hommes ». C’est aussi Hunterwasser qui redessina le Kunsthaus devenu depuis 1991, un musée à la hauteur de nos rêves les plus fous.

Etonnement, Vienne semble avoir été oubliée des promoteurs et des architectes mégalomanes, malgré quelques constructions avant-gardistes édifiées durant les deux dernières décennies comme la Maison Hass bâtie en verre au cœur de la ville historique, face à la cathédrale St-Etienne qui s’y reflète, les « gratte-ciel » de verre et de métal de la Cité de l’ONU de Johann Staber et l’Andromela-Tower, l’architecture futuriste de la Millenniumstower bâtie sur l’autre rive du Danube et la tour Donauturn qui, du haut de ses 252 mètres offre une vue panoramique sur la ville.

On ne peut qu’admirer le formidable travail réalisé par un quatuor d’architectes dont Jean Nouvel, pour transformer en appartements locatifs des gazomètres désaffectés de la banlieue de la capitale autrichienne également à l’origine de la reconversion des anciennes écuries de l’Empereur Charles VI, en musées (MuseumQuartier ou MQ). Le résultat est à la hauteur de l’envergure du projet qui consistait à restaurer les écuries du XVIIIème siècle bâties par les architectes von Erlach, père et fils pour l’empereur Charles VI et à édifier dans la vaste cour de celles-ci deux monolithes, l’un de pierres blanches, l’autre de basalte gris anthracite, abritant respectivement une collection exceptionnelle de peintures des XIXe et XXe siècles rassemblées par Rufdolf et Elisabeth Leopold, et le Musée d’Art Moderne de la Fondation Ludwig. Pouvait-on imaginer osmose plus parfaite entre l’architecture d’hier et d’aujourd’hui ? Mariage si spectaculaire de la tradition et de la modernité ?

Ainsi, Vienne depuis le XIIIe siècle, a réussi, malgré les aménagements et les agrandissements successif entrepris au cours des siècles, à conserver un visage cohérent où tradition rime avec modernisme.

Vienne, capitale mondiale de la musique

Les compositeurs

Depuis Gluck qui enseigna la musique à la jeune Marie-Antoinette à la cour de Vienne, des générations de compositeurs ont pris part à la vie musicale de la capitale autrichienne comme Haydn qui durant son enfance chanta comme choriste dans la maîtrise de la Cathédrale Saint-Etienne à Vienne. Après avoir vécut une grande partie de sa vie à la Cour des Esterhazy pour lesquels il composait, il revint dans sa petite maison viennoise pour y composer « La Création » et « Les Saisons » et y mourir. Cette maison est devenue le Musée Haydn dont quelques pièces sont consacrées à Brahms (Haydnstrasse 19, Vienne 6e). Haydn fut d’ailleurs le premier à reconnaître la suprématie de Mozart « Le plus grand compositeur qui soit au monde ».

Mozart, qui après avoir rompu avec son ancien protecteur, s’est installé à Vienne en 1781. Se souvenait-il de l’accueil enthousiaste que lui réservèrent l’impératrice Marie-Thérèse et ses enfants lorsqu’il donna son premier concert au Château de Schönbrunn à l’âge de 6 ans. Se rappelait-il, d’avoir enfant, sauté sur les genoux de l’impératrice et s’être fait consoler par Marie-Antoinette à qui il avait déclaré : « C’est toi que j’épouserai quand je serai grand ».

C’est à Vienne qu’il composera ses plus grands chefs-d’œuvre lyriques tels que « L’enlèvement au sérail » (1782), « Les Noces de Figaro » (1785), « Don Giovanni » (1788), « Cosi fan tutte » (1790), « La Flûte enchantée » (1791) et « La Clémence de Titus » (1791) écrit en dix-huit jours, de nombreuses symphonies, huit concertos, de la musique de chambre et le « Requiem K.26 », son ultime composition que la mort interrompit le 5 décembre 1791. Des nombreux appartements qu’il a habités, seul a été conservé et transformé en musée celui appelé « Figarohaus » (Domgasse 5, Vienne 1er). Vers 1792, Beethoven s’installe dans la capitale autrichienne où il mourra 35 ans plus tard. Ses funérailles seront grandioses et le convoi sera suivi par 10 000 personnes, contrairement à celles de Mozart qui fut jeté nuitamment à la fosse commune. Le visiteur pourra visiter l’un des appartements qu’il occupa, au quatrième étage de la maison du Baron Pasquali où il composa l’opéra « Fidelio », les symphonies 4, 5 et 7, un concerto pour piano et des quatuors (Mölkerbastei, Vienne 1er) ainsi que la Maison du Testament de Heiligenstadt jadis dans les vignes, aujourd’hui intégrée au 19e arrondissement de Vienne qui a conservé un aspect champêtre. Il y rédigea une lettre qu’il n’envoya jamais à ses frères dans laquelle il faisait part de son désarroi à l’idée de devenir sourd (Probusgasse 6, Vienne 19e). A voir également dans le même quartier, la petite maison dite la Maison de la Symphonique héroïque (Döblinger Hautpstrasse 92, Vienne 19e).

On peut également se rendre dans la maison natale de Schubert (Nussdorfer Strasse 54, Vienne 9e) puis dans la maison où il mourut à l’âge de trente deux ans (Kettenbrüchengasse 6, Vienne 4e). Une halte au restaurant Zu den 3 hacken qui garde quasiment en l’état la petite salle où Schubert et ses compagnons se retrouvaient pour boire de la bière et du vin blanc frais, ravira le visiteur qui pourra ainsi partager un petit instant de vie avec le compositeur trop tôt disparu. Les amoureux de la valse pourront visiter le magnifique appartement encore meublé qu’occupa Johann Strauss fils et sa première épouse, transformé lui aussi, en musée enrichi par de nombreux souvenirs de la dynastie Strauss (Praterstrasse 54). Une halte au Stadtpark permettra d’admirer l’imposant monument doré à la hauteur de l’hommage que Vienne souhaitait rendre au père du « Beau Danube bleu ».

Le visiteur averti ne manquera pas de suivre de la Cathédrale Saint-Etienne au Theater an der Wien (Linke Wienzeile 6), le tracé à l’américaine appelé « Walk of Fame » dont les grandes étoiles blanches encastrées dans les trottoirs rendent hommage à une septantaine de compositeurs qui ont jadis brillé dans le ciel viennois. On passe de Schubert à Bruckner qui mourut à Vienne en 1896, laissant sa « 9e symphonie » inachevée, de Liszt qui a joué devant l’Empereur à Haydn et à Brahms qui mourut dans la capital autrichienne le 3 avril 1897, d’un cancer du foie, dans un garni de trois pièces où il vivait depuis un quart de siècle.

Le visiteur verra aussi briller sous ses pas les étoiles des trois Viennois, Schoenberg, Berg et Webern qui réinventèrent la musique et moururent pour cela dans la pauvreté. Puis l’étoile de Zemlinsky qui s’éteignit en 1872 et celle d’Hugo Wolf qui mourut prématurément dans un hôpital psychiatrique viennois en 1903.

D’autres étoiles comme celle de Richard Strauss qui dirigea l’orchestre de l’Opéra de Vienne dont il fut également codirecteur sans avoir la passion d’un Mahler qui en assura brillamment la direction pendant dix ans (1897-1907).

Une visite au Cimetière Central de Vienne permettra au visiteur de prendre congé de tous ces grands hommes dont la plupart y sont enterrés.

Les institutions

Mais à Vienne la musique ne se conjugue pas qu’au passé, puisque chaque jour, près de 9'000 places sont offertes aux Viennois et aux mélomanes accourus du monde entier.

Au Wiener Staatsoper (Opernring 2) qui est la grande salle d’opéra de la capitale autrichienne où se sont jadis succédés au pupitre des chefs comme Richard Strauss, Mahler ou Karajan, le mélomane est certain de trouver une place pour le soir même. Il lui suffit de faire la queue - parfois très longue - afin d’obtenir pour trois euros, une « place debout » au fond du parterre ou de la galerie. La programmation est différente tous les soirs. Contrairement au Staatsoper bâti sur le Ring, Le Volksoper (Währinger Strasse 78) est un peu éloigné du centre ville et nécessite une vingtaine de minutes de métro. Considérée comme la seconde salle lyrique de Vienne, ce théâtre à priori plus populaire, alterne ouvrages lyriques, comédies musicales et ballet. Au Kammeroper (Fleichmarkt 24) les mélomanes viennent y découvrir des ouvrages plus rares comme des opérettes « exotiques » ou des opéras baroques et contemporains. Il y a également la salle historique du Theater an der Wien (Linke Wienzeile 6) et le Raimundtheater (Wallgasse 18) qui se partagent l’accueil des comédies musicales.

Mais l’une des plus belles salles de concert de Vienne reste incontestablement pour les amateurs de musique, le magnifique temple doré du Musikverein (Bösendorferstrasse 12) dont l’acoustique exceptionnelle ravie les oreilles les plus exigeantes. C’est dans ce berceau des Wiener Philharmoniker, que chaque année est exécuté le célèbre « Concert du Nouvel an ». Non loin de cette salle mythique, le Konzerhaus, siège de l’Orchestre Symphonique, propose également de très beaux concerts.

Vienne n’usurpe certes pas sa réputation de capitale de la musique puisque si l’on sort des grandes salles mondialement connues accueillant les plus grandes formations et les chefs les plus renommés, on peut écouter de la musique vraiment partout : des valses viennoises à la salle des fête de la Bourse, des concerts en costumes historiques dans l’Orangerie du Château de Schönbrunn. La Chapelle impériale de la Hofburg accueillent tous les dimanches les Petits Chanteurs de Vienne (Wiener Sängerknaben). On vient de très loin pour les entendre. Schubert lui-même avait fait partie de ce fameux chœur jadis, chorale impériale. Un ancien palais des Hasbourg transformé en école comportant salles de classe, de sports, bibliothèque et piscine, accueille aujourd’hui une centaine de collégiens du monde entier jusqu’à l’âge de 12 ou 13 ans. Liszt, Brahms et Wagner ont jadis donné des concerts dans le grand salon du Palais servant aujourd’hui de salle pour les spectacles de l’école.

Vienne, capitale de la musique qui ravira aussi ceux qui souhaiteraient s’encanailler dans les guinguettes de Grinzing, petit village vigneron situé sur les hauteurs de la capitale, pour y boire son petit vin blanc bien frais en poussant la chansonnette. Des tonnelles de Grinzing aux cafés de la capitale, il n’y a qu’un pas que l’on franchit aisément lorsque qu’une folle envie de café ou de pâtisserie vous saisit soudain. Une quarantaine de cafés sauront combler votre gourmandise.

A Vienne, le café fait partie de la tradition et offre, dans un cadre plus ou moins sophistiqué, un havre de paix et de quiétude aux Viennois venus seuls pour consulter les journaux, se détendre, bavarder avec des amis tant en savourant un café dont il existe un choix très étendu, accompagné du verre d’eau traditionnel.

Lieu convivial par excellence, le café viennois est un autre « chez soi » où l’on prend le temps de vivre. La tradition de ces cafés remonte au XVIIIe siècle lorsque les Turcs vaincus s’enfuirent en abandonnant leur précieux grains de café. Les sujets de l’impératrice Marie-Thérèse succombèrent aux charmes de ce délicieux breuvage au point de donner son nom aux établissements où ils le dégustaient. Depuis le café est devenu le lieu où les Viennois se retrouvent pour refaire le monde.

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